La Saison des femmes, de Leena Yadav

Note : 3,5/5 

L’industrie cinématographique indienne est la plus prolifique au monde, et pourtant proportionnellement elle est celle qui a le moins de visibilité en France. Ses voisins la Chine, le Japon ou la Corée, autres gros producteurs asiatiques, n’atteignent pas à eux trois le nombre de films produits en Inde, et pourtant ils trouvent leur place dans les salles française. Cependant, depuis quelques années, des films indiens se démarquent par leur audace, leur fraîcheur et leur savoir-faire. Loin des clichés habituels des films bollywoodiens qui, contrairement à la croyance populaire, ne sont pas les seules productions indiennes, ces films méritent vraiment d’être vus. La saison des femmes en fait évidemment partie.

La Saison des femmes

Copyright Pyramide Distribution

Le film évoque le combat quotidien que doivent mener les femmes pour vivre et exister dans la société indienne. Dans un petit village de l’état du Gujarar, nous suivons la vie de quatre femmes. La première, une mère veuve, cherche à marier son fils avec la seconde qui se retrouve mariée de force avec ce garçon immature et ingrat. La troisième, meilleure amie de la première, fait tous les efforts du monde pour plaire à son mari et ainsi éviter ses coups. Quant à la dernière, c’est une danseuse-prostituée qui se fait voler la vedette par une nouvelle danseuse. Ces quatre femmes qui évoluent dans un monde dirigé par les hommes vont s’entraider et découvrir qu’ensemble, elle peuvent faire front.

Le film offre un véritable regard sur le paradoxe de la culture indienne. Enrobé de toutes ces couleurs, de ces danses et de ces chants, il cache un profond malaise et un véritable problème lié au traitement des femmes. Le thème du mariage arrangé, pratique ancré dans la culture indienne et très présent dans le cinéma contemporain indien, est ici traité non plus du point de vue des jeunes mariés qui doivent vivre et coucher ensemble sans se connaître mais du point de vue de la mère du marié. D’abord fière de marier son fils puis soulagée de pouvoir passer le relais des charges de maison à sa belle fille, elle déchante devant l’incompétence et le manque de volonté de cette dernière. Alors que dans un premier temps elle est très dure avec sa « nouvelle fille », elle se rend vite compte qu’elle reproduit les schémas dont elle a été victime et qui l’ont tant fait souffrir. Le film pointe du doigt le fait que les premières responsables du mauvais traitement des femmes sont les femmes elles-mêmes.

Recentré sur cette intrigue principale, le film brosse différents portraits et développe des arborescences qui viennent nourrir le récit : les femmes se voient accorder le droit d’avoir une télévision à condition qu’elles la payent elles-mêmes ; l’homme qui fait vivre le village grâce à son entreprise fructueuse est mal vu par la plupart des villageois car il a épousé une étrangère… Le film évoque un grand nombre de situations dans lesquelles les femmes sont au centre, afin d’obtenir un constat général : en Inde, les femmes sont celles qui font marcher les choses. Sans elles, les hommes seraient perdus. Malheureusement, la plupart des femmes ne sont pas conscientes de leur valeur et s’entêtent à faire perdurer cette société machiste. En témoigne cette scène magnifique où une mère force sa fille à retourner chez son mari qu’elle avait fui, ne voulant pas passer sa vie à se faire battre et violer. Dans le regard de la mère, on sent la souffrance qu’elle ressent aux propos de sa fille mais en même temps la résignation face à un régime qu’elle pense inchangeable, car en Inde l’honneur prévaut, et il ne faudrait surtout pas déshonorer sa famille.

Le film est un magnifique plaidoyer pour la liberté des femmes. Bien qu’abordant des réalités parfois dures de la société indienne, le film reste lumineux. Jamais pessimiste, le film préfère montrer la lueur d’espoir qui anime la jeune génération. Car les femmes y comprennent qu’il leur est possible de prendre le contrôle de leur vie et qu’il ne tient qu’à elles d’améliorer la condition des femmes de la prochaine génération. Ainsi, après avoir brossé un portrait peu reluisant de la société indienne, le film bascule pour nous montrer des femmes fortes, bien décidées à prendre en main leur destin et à quitter leur vie misérable.

La Saison des femmes

Copyright Seville International

Filmé de manière solaire avec des musiques qui vous emportent, le film sait gagner son public sans jamais jouer la corde de l’apitoiement ou de la tragédie. Le film est un plaidoyer aussi bien qu’un cri d’espoir. Il semble crier aux femmes de se lever et de prendre leur vie en main, de ne plus être victimes d’une société dirigée par des hommes qui, de surcroît, ne sauraient pas se débrouiller sans elles. Si le film encourage les femmes à se prendre en main, il nous montre également que certains hommes ne sont pas enfermés dans cette façon de penser patriarcale mais que les clés de l’évolution sont l’éducation et la culture. Si le constat n’est pas nouveau, il est toujours important de le rappeler.

Anatole Vigliano

Film en salles depuis le 20 avril 2016

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