Quand on a 17 ans, d’André Téchiné

Note : 4/5 

Voici donc le nouveau film d’André Téchiné, sorti sans grande vague, qui a été présenté à la dernière Berlinale de laquelle il est reparti bredouille. Cet oubli est bien dommage car le film mérite vraiment le coup d’œil. L’histoire, celle d’une relation tendue entre deux lycéens de 17 ans, est traitée avec beaucoup de finesse et de grâce. Téchiné parvient à nous faire rentrer dans l’intimité de ces deux adolescents auxquels on s’attache immédiatement.

Quand on a 17 ans

Copyright Wild Bunch

Le film se déroulant sur une année scolaire est divisé en trois parties représentant les trois trimestres. La division temporelle n’est qu’un prétexte pour diviser l’action. En effet les trois parties marchent tout d’abord exactement comme les trois trimestres d’une année de lycée mais permettent également de marquer les étapes dans la relation qui va unir Damien et Tom. La première partie, intense, nous fait pénétrer dans l’univers des personnages. Damien vit avec sa mère médecin, Tom travaille à la ferme familiale et fait plus d’une heure de route tous les jours pour arriver au lycée. Tom méprise Damien qui n’a pas l’intention de se laisser faire. Les événements s’enchaînent sans que l’on comprenne totalement le pourquoi du comment. La deuxième partie est plus calme mais pas moins intense. La mère de Tom étant hospitalisée, la mère de Damien propose de l’héberger pour réduire son temps de trajet et lui permettre de mieux travailler. Les deux garçons vont donc devoir apprendre à s’entendre et à vivre sous le même toit. On commence à comprendre les sentiments qui animent les deux garçons. La dernière partie fonctionne comme un sprint final, alors que les choses ont été mises au clair entre les deux adolescents. Tom rejette Damien qui ne comprend pas ce rejet. C’est alors qu’une épreuve va frapper Damien et sa mère et pousser Tom à revenir vers eux pour leur offrir son soutien.

Le force du film se trouve dans sa subtilité. Ici André Téchiné décide de semer des indices, de nous offrir les clés pour comprendre ses personnages au fur et à mesure que le film se déroule. Il ne ménage aucun effet de surprise, chaque révélation arrive au bon moment pour nous aider à comprendre la suite. Si il est évident que certaines personnes comprendront les événement avant que le film ne nous en donne les clés, ce n’est jamais une mauvaise chose car chacune de ces révélations n’arrive jamais comme une simple révélation justement mais comment un élément supplémentaire, utile à la compréhension de l’intrigue. André Téchiné est maître dans l’art de l’étude des comportements humains et ce film est un point culminant dans la carrière du réalisateur. D’ailleurs, quel bonheur de voir un film traiter de la découverte de l’homosexualité de cette manière. Ici, le rejet ne vient pas des autres (magnifique scène de coming-out où Damien révèle son attirance envers Tom à sa mère), la tempête est intérieure. Damien est plein de questionnements quant à Tom, il a peur de ses sentiments et de l’éventuelle réaction négative de son entourage.

La réussite de ce film tient également à l’interprétation magistrale qui nous est offerte. Sandrine Kiberlain est évidemment parfaite comme toujours, ici en mère médecin quelque peu esseulée par l’absence d’un mari dans l’armée et qui trompe sa solitude dans le dévouement total qu’elle porte à ses patients. Mais le film repose surtout sur son duo d’acteurs aussi magnétiques l’un que l’autre. Faut-il encore présenter Kacey Mottet Klein qui, même si il a un nom assez difficile à retenir, a, au contraire, un visage qu’on ne peut oublier. Révélé au grand public par L’Enfant d’en haut où il tenait la vedette au côté de Léa Seydou, il a interprété Gainsbourg jeune dans le film de Joan Sfar. On a pu le voir récemment dans Une Mère au côté de Mathilde Seigner ou Keeper. Son jeu prend de l’ampleur de film en film, et il prouve ici encore que l’avenir du cinéma francophone passera par lui. Un jeu physique et un regard magnétique font de lui le véritable atout du long-métrage. Son partenaire, Corentin Fila, dont c’est ici le premier rôle au cinéma, complète ce duo dont l’alchimie est évidente. Certaines de leurs scènes sont d’une intensité rare et ils nous font croire avec brio à leur personnages et à leurs tourments.

La mise en scène de Téchiné est douce. Il filme ses acteurs avec beaucoup d’amour et d’empathie. Il accompagne les corps de ces deux adolescents dans leurs moments de tension comme dans les instants de tendresse. Il prend un soin particulier à construire des cadres dans lesquels les deux personnages ont leur place. Dans chaque scène qu’ils ont en commun, les deux acteurs apparaissent presque toujours à deux dans le même cadre. La montagne, lieu de l’action du film, est filmée également de manière tendre, nous montrant l’influence qu’elle exerce sur chacun des deux personnages.

Quand on a 17 ans 2

Copyright Roger Arpajou

En ce début de printemps, ce film est une véritable bouffée d’air frais. André Téchiné n’a rien perdu de son savoir faire et le voir revenir avec un film aussi beau est une bonne nouvelle. Que vous soyez un connaisseur du réalisateur ou pas, ce film est à voir pour la douceur de son ton et la tendresse de sa mise en scène. C’est véritablement le film français de ce mois d’avril.

Anatole Vigliano

Film en salles depuis le 30 mars 2016

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Publié dans À L'AFFICHE, Mars, Uncategorized
One comment on “Quand on a 17 ans, d’André Téchiné
  1. laviedecarrie dit :

    Je ne l’ai pas encore vu, mais ce qui est sûr, c’est que ton article m’a donné envie de le voir! Merci 😉

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