Gus Van Sant / Icônes – Exposition & Films

Une fois n’est pas coutume, le sous-titre de la nouvelle exposition de la Cinémathèque française, consacrée à Gus Van Sant, sert véritablement de programme. Ce pourrait être une qualité, surtout quand l’on repense à la gratuité de certains sous-titres précédents (dont le fumeux « Aux origines du pop » accompagnant l’exposition Antonioni). L’ennui, cette fois-ci, réside dans le contenu même de cette expression « Exposition & Films », où l’on perçoit déjà que le cinéma n’y sera, finalement, qu’assez secondaire. Pas plus d’espoir dans l’autre titre – invisible sur le guide du visiteur ! – qui nous promet des « icônes » bien imprécises. Pour le visiteur amateur des films du réalisateur de Portland, l’exposition que lui consacre la Cinémathèque s’avère quelque peu décevante, tant elle cherche à brosser un (trop) large portrait d’un cinéaste dont on découvre certes des facettes plus méconnues – photographe, peintre, musicien – mais abordées avec une telle généralité qu’il est bien difficile d’affirmer mieux connaître l’œuvre de Gus Van Sant après la visite.

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Dans l’ensemble agréable, la scénographie de l’exposition s’articule autour de quatre « facettes » de l’œuvre de Van Sant, en fait grossièrement divisée en domaines artistiques : photographie, cinéma, peinture, musique. On est heureux de (re)découvrir les travaux de photographe de GVS, portraitiste des hautes sphères américaines des années 1980-1990 mais aussi, déjà, de la jeunesse marginale, le cœur de ses films. Une chronologie détaillée nous rappelle également les très nombreux contacts qui forment le cercle de ce cinéaste d’abord venu de l’underground : se croisent, pêle-mêle, dans l’entourage de Van Sant, Burroughs, Larry Clark, Harmony Korine, et même Pasolini, croisé peu de temps avant sa mort. Rien d’étonnant à ce que toute une partie de l’œuvre de Van Sant soit à la limite de l’expérimental, lui qui y a d’abord trouvé les racines de son cinéma, avant que celui-ci ne prenne, parfois, la voie de la commande commerciale plus impersonnelle.

En matière d’analyse de son cinéma, l’exposition pêche en raison de divers choix discutables – ou plutôt des non-choix. La partie de l’exposition consacrée au cinéma de Van Sant insiste, entre deux dessins préparatoires habituels, sur la frange underground de la filmographie du cinéaste, extraits de films et rappel de ses connections avec la beat generation à l’appui. Outre le fait que la qualité de ces œuvres expérimentales ne soit pas explorée, elles sont par ailleurs mal mise en valeur par des projections qui font certes le choix intelligent de ne pas enfermer les spectateurs dans une salle, mais qui sacrifient par conséquent la diffusion visuelle et sonore des extraits.

On est surtout au regret de constater le manque d’appesantissement de l’exposition sur la variété de la filmographie de GVS, là où l’on aurait attendu de mieux comprendre ce qui pouvait constituer, entre ses films de facture si différente – quels rapports penser entre Gerry et Restless ? –, une « patte » Van Sant. C’est d’autant plus dommageable que le cinéaste a élu, à plusieurs reprises, un certain nombre de motifs récurrents, à commencer par la jeunesse et l’homosexualité, dont on aurait souhaité une plus grande exploration.

L’exposition réussit même à nous perdre un peu dans le parcours d’un cinéaste pourtant encore jeune – ambition discutable également que celle, récurrente à la cinémathèque ces derniers temps, de consacrer une exposition à une filmographie inachevée. Difficile en effet de comprendre la présence de tel tableau dans une salle, la nature de tel extrait dans une autre… La disposition est parfois carrément anarchique et peu maligne : des cadres sont accrochés un peu n’importe où, au point d’être inaccessibles quand un extrait est diffusé… juste à côté ! A partir d’une filmographie vraiment éclectique – de Mala Noche à Promised Land, de My own private Idaho à Prête à tout, de Elephant à Harvey Milk –, l’exposition conserve une forme de « bazar » qui peine à faire sens.

Le sens se perd définitivement quand l’on s’aperçoit que la division consacrée au cinéma de Van Sant s’achève déjà : restent deux salles assez tristement vides. La première est consacrée aux travaux de peintre de GVS, salle peu fournie en œuvres dont la qualité est par ailleurs fort discutable. La dernière salle, consacrée au rôle de la musique dans la vie et la filmographie de Van Sant – réalisateur de nombreux clips et musicien lui-même – pourrait être une bonne idée, tant le son y est en apparence mis en valeur : quelques banquettes permettent de s’asseoir voire de s’allonger sous des haut-parleurs tout en jetant un oeil aux écrans. Fausse bonne idée : le cadre de l’exposition ne permet pas de vraiment profiter de l’espace – il faudra attendre une place, prendre le temps d’écouter alors que, la salle formant également la sortie, le va-et-vient y est incessant – et surtout le son est effroyablement trop bas. Il faudra tendre l’oreille au cours de l’exposition pour constater à quel point le son y a été sacrifié, toutes les origines sonores des différents supports y étant confondues dans un mix étrange qui peine à faire honneur aux créations de Van Sant.

Voilà donc une exposition fort décevante, au contenu relativement absent, à l’analyse jamais réalisée, et finalement au degré de découverte assez restreint. Certes l’on retrouve les photographies et projets musicaux d’un artiste dont on connaît mieux le cinéma, mais cela en valait-il la peine si ce n’était que pour dresser une « liste » des activités de Van Sant ? N’aurait-il mieux pas valu limiter peut-être l’étendue de la « découverte » (dont la qualité, encore une fois, n’est pas toujours transcendante) au profit d’une exploration qui permette aux non-initiés de courir voir du GVS, et aux amateurs convaincus de mieux connaître une œuvre encore en constitution ? C’est l’éternelle question de l’exposition du cinéma qui se pose, « liquidée » ici par l’accumulation de photographies et de tableaux. Dommage, car plusieurs expositions, y compris très grand public comme la précédente consacrée à Scorsese, avaient montré que l’on pouvait replonger dans la filmographie d’un cinéaste sans en rester au seul catalogue d’objets trouvés de tournage.

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Elephant

Et d’ailleurs, puisque « exposition » rime souvent avec « catalogue », on s’aperçoit que ce dernier propose une vaste interview inédite du cinéaste dont l’exposition ne livre que quelques lignes. Comme toujours et heureusement, il reste donc à profiter de tous les « à-côtés » de l’exposition, catalogue à feuilleter, master class et conférences, et surtout la rétrospective qui permettra de (re)voir sur grand écran les plus beaux films de Van Sant, Elephant en tête.

Alice Letoulat

La Cinémathèque française – musée du cinéma

51 rue de Bercy

75012 Paris

Exposition du 13 avril au 31 juillet 2016

Rétrospective du 13 avril au 28 mai 2016

Commissariat d’exposition : Matthieu Orléan

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