Ave, César !, de Joel et Ethan Coen

Note: 3/5 

En plus de trente ans de carrière et près de vingt films, les frères Coen nous ont offert de véritables bijoux de cinéma indétrônables, et rares sont les films plus faibles. Ave, César ! rejoint malheureusement aujourd’hui le classement de leurs films mineurs.

Fervents défenseurs de la comédie, les deux réalisateurs sautent d’un genre à un autre et semblent se les approprier tous en un tour de main. Dans ce dernier film, les Coen en ont rassemblés une poignée pour rendre hommage à la gloire des studios hollywoodiens au cours des années 1950. En retraçant la journée d’un directeur exécutif de studio, ils s’amusent à passer d’un tournage à un autre et jonglent avec les stéréotypes des productions d’antan. Péplum, western, comédie musicale, natation synchronisée et mélo peuplent les studios de Capitole Pictures.

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© Universal Pictures

Alors que ces basculements d’un style, d’un rythme à un autre pourraient paraître étourdissants, c’est au contraire ce qu’il se passe en dehors des sets qui fonctionne moins et a tendance à nous perdre. Soucieux de représenter l’ampleur du travail d’Eddie Mannix, les réalisateurs ont truffé cette journée d’embûches : voilà que le récit se construit autour de la disparition de la star Baird Whitlock, joué par Georges Clooney, au beau milieu de sa journée de tournage. Ce qui aurait pu rester un gag devient le nœud du film, impliquant un kidnapping, une rançon, des scénaristes sous payés, la montée du communisme à Hollywood, et un sous-marin russe. Cela fait beaucoup et le gag se transforme en un sac de nœuds indigeste. Sans lâcher la continuité des autres tournages, Eddie Mannix se concentre sur cette affaire et le spectateur avec lui. Mais le mélange des points de vue doublé des interventions succinctes d’un narrateur omniscient, les allers et retours d’un micro-récit à un autre, et le dédoublage de Tilda Swinton en deux sœurs jumelles, nous donnent le tournis.

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© Universal Pictures

La complexité de la narration prend le pas sur la comédie. Les acteurs sont excellents, certaines scènes sont drôles, mais le scénario trop dense ne donne au comique que la place de se développer sous forme de gags dispersés ici et là. Pour nous faire comprendre leur récit, les frères Coen ne pouvaient plus l’enrichir d’une construction soutenue de la comédie, ce qui fait pourtant le succès de leur cinéma. Le récit flotte donc entre deux eaux et ne parvient même pas à nous attacher réellement à Eddie Mannix.

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© Universal Pictures

Par l’ébullition des séquences et des retournements de situation, le film des frères Coen tombe lui même sous le joug du gag caricatural, alors qu’on aurait aimé voir cette caractéristique réservée aux films parodiques des genres hollywoodiens. Comme toujours leur film est un feu d’artifice, mais au lieu de savourer le spectacle au fur et à mesure jusqu’au bouquet final, ici toutes les fusées sont parties en même temps.

Marianne Knecht

Film en salles depuis le 17 février 2016.

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Publié dans À L'AFFICHE, Février, Uncategorized

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