Mistress America, de Noah Baumbach

 

Note : 3/5 

Noah Baumbach a débuté depuis plusieurs années une collaboration avec l’actrice Greta Gerwig à la fois devant et derrière la caméra, à l’écriture. Le résultat en fut en 2012 l’excellent Frances Ha. Cette année leur complicité a produit un nouveau film qui suit les traces du précédent.

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Copyright 2015 Twentieth Century Fox

L’histoire de Mistress America est la suivante. Tracy, 18 ans, a fraîchement débuté ses études littéraires à l’université à New York et fait face aux différents problèmes de cette nouvelle vie. L’un d’entre eux est sa solitude récente. Sous les conseils de sa mère, Tracy contacte Brooke, la fille de son futur beau père, vivant à New York. Brooke, interprétée par Greta Gerwig, vit la vie rêvée de Tracy à New York : jeune femme sûre d’elle, dynamique, populaire, profitant de tous les avantages de vivre à N.Y. Elle devient rapidement un exemple à suivre pour Tracy, ainsi qu’une muse à sa prose.

Rapidement le récit se centre sur l’objectif de Brooke d’ouvrir un restaurant. Cet objectif est partagé par Tracy qui adore le concept et l’enthousiasme de Brooke et espère devenir serveuse dans son restaurant. Cet objectif commun fait doucement glisser le film du personnage de Tracy vers celui de Brooke. La définition de Tracy comme personnage principal devient poreuse et cela est d’autant plus marquant à l’écran. Par son rôle hyper dynamique et bavard, Greta Gerwig a un terrain idéal pour montrer ses talents indéniables de comédienne et accapare ainsi toute l’attention du film. Comme Tracy dévore les moindres faits et gestes de sa nouvelle héroïne pour nourrir ses nouvelles, le spectateur suit ébahi la progression de Brooke dans son parcours pour concrétiser son projet.

La jeune comédienne Lola Kirke (Tracy) subit alors la comparaison avec Greta Gerwig et se fait doucement mais sûrement voler son rôle principal pour passer second rôle et narrateur. Ce n’est alors plus son histoire d’étudiante écrivaine qui importe mais la quête de Brooke pour convaincre d’anciens amis de participer au financement de son restaurant. Si ce basculement surprend l’oeil critique, il n’en est pour autant pas dérangeant pour le spectateur qui a plaisir à voir Greta Gerwig s’épanouir au fil du développement de son personnage.

Le duo de comédiennes fonctionne aisément et la progression du film est de plus en plus savoureuse. Nous retrouvons le dynamisme de la réalisation de Noah Baumbach et ses personnages hauts en couleurs. Ceux-ci décrivent une fois encore l’illusion de maîtrise dont font usage les jeunes Américains. S’il est jugé “normal” que Tracy soit facilement influençable et sujette aux questionnements du haut de ses 18 ans, nous découvrons que les personnages de dix ans ses aînés n’ont pas atteint le stade de maîtrise espéré. Brooke, autant que Dylan et Mamie-Claire, poursuit un rêve de responsabilisation, une illusion dans laquelle elle mène ses projets à terme comme une honorable chef d’entreprise, et dans laquelle elle est reconnue comme adulte. Mais qu’ils aient plus ou moins bien réussis dans leur jeune vie, ils restent encore des adolescents peu assurés.

Mistress America 2

Copyright 2015 Twentieth Century Fox

Brooke pourrait être la suite ou la soeur de Frances dans Frances Ha tant leurs personnalités ont en commun. C’est ainsi que l’on retrouve dans Mistress America le peps, la joie et l’enivrant tournis qui nous avaient déjà séduits.

Marianne Knecht

Film en salles depuis le 6 janvier 2016

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Publié dans À L'AFFICHE, Janvier, Uncategorized

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