Les Cowboys, de Thomas Bidegain

Note : 3,5/5 

Après avoir roulé sa bosse dans le paysage audiovisuel français en tant que scénariste – notamment connu pour sa collaboration avec Audiard sur Un Prophète, De rouille et d’os et Dheepan – Thomas Bidegain passe pour la première fois à la réalisation. Dans Les Cowboys, on fait la connaissance d’une famille lors d’un rassemblement country dont Alain, le père, est l’un des piliers. Tout semble aller bien, mais ce jour-là sa fille disparaît plongeant la famille dans la stupeur et l’angoisse. Alain n’aura alors de cesse de trouver sa fille, embarquant avec lui son fils « Kid » au détriment de son couple.

Les Cowboys © Pathé Distribution (2)

© Pathé Distribution

Il est suffisamment rare de voir le cinéma français s’emparer de sujets d’actualité pour le souligner. Pourtant, force est de constater que ces derniers temps ce genre de film commence à arriver dans nos salles, la conséquence d’une production française peut-être un peu moins frileuse. Ici, à travers l’histoire de cette famille, Thomas Bidegain met le doigt sur la tendance de la conversion à l’islam et par extension – mais sans amalgame – sur la radicalisation d’une certaine frange. Pour ce faire, il décide de prendre un certain recul et de construire son film en deux parties, autour des attentats du World Trade Center (jamais clairement évoqué) et non pas, donc, autour de Daesh mais d’Al-Qaïda.

L’histoire est traitée comme un thriller, rappelant sur certains points le Zodiac de Fincher. Alain et son fils feront tout chacun leur tour pour retrouver Kelly ; des Pays-Bas au Moyen-Orient, le film nous embarque dans une chasse à l’homme ou plutôt une chasse à la femme. Trépidant ! Thomas Bidegain a été à bonne école et nul doute que de voir Jacques Audiard travailler a du beaucoup l’aider. Le film est très bien filé, les cadres sont posés, les images sont impeccables, et même si la mise en scène, assez propre, peut parfois manquer de personnalité, voire de spontanéité, il reste agréable de regarder un film aussi bien mis en scène. Rien n’est ostentatoire, Bidegain arrive à créer de la tension sans utiliser d’artifices, et offre un écrin parfait à ses comédiens. Malgré quelques moments de flottement au niveau du rythme, dus à la structure même de son film et de son scénario, Les Cowboys parvient à nous accrocher du début à la fin et nous offre quelques scènes magnifiques.

François Damien incarne Alain dans ce qui est sûrement sa plus belle interprétation à ce jour. Exit François l’embrouille, ici il est Alain père de famille qui fera tout pour retrouver sa fille. Quelle bonne idée que de lui confier ce rôle de fan de country qui verra son monde s’écrouler à la disparition de sa fille ! La sobriété en étendard va bien au comédien belge qui incarne cet homme à fleur de peau prêt à exploser à chaque instant comme une bombe à retardement, prêt aussi à entraîner avec lui son propre fils dans sa chute. Son fils d’ailleurs interprété par le jeune Finnegan Oldfield qui, ironiquement, avait été découvert dans le court-métrage belge Ceci n’est pas un film de cowboys. Il est la véritable révélation du film, parfait en fils stoïque qui suivra son père d’abord dans l’unique but de sauvegarder une relation père-fils fragilisée, puis renforcée, par la disparition de sa grande sœur ; avant de reprendre le combat de son père.

Le film est une véritable épopée humaine, et montre qu’à travers toutes les épreuves que vont subir les personnages, c’est le rapprochement et la solidarité entre les individus qui les sauveront. Le romanesque au service de l’humain, c’est la force de ce film. Le titre du film fait autant référence à la quête de nos héros, chasseurs de prime de western cherchant à mettre la main sur un individu en cavale, qu’à l’amour d’Alain pour la musique country, point de départ qui rappelle constamment au cours du film une époque de bonheur où la famille était encore au complet, soudée et unie par une même passion.

Les Cowboys 2

© Pathé Distribution

Dans l’actualité, il est d’autant plus important de voir ce genre de films. Même si Les Cowboys ne tente pas d’expliquer quoi que ce soit, il pose un regard sur un certain pan de l’histoire récente et par extension de l’actualité du monde. Le film est donc un bon thriller, un bon divertissement, une forte histoire de drame familial et porte un regard intéressant sur des événements alors incompris dans les année 1990 au moment de l’action du film. Si en plus de ça le film peut faire se retourner le cinéma français sur l’histoire récente, alors ça sera une réussite.

Anatole Vigliano

Film en salles depuis le 25 novembre 2015

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Publié dans À L'AFFICHE, Novembre 2015, Uncategorized

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