Sur la route des vacances – Truquette à la plage : « La Fille du 14 Juillet », de Antonin Peretjatko (2013)

La fille du 14 Juillet, le premier film de Antonin Peretjatko, se déroule en plein dans les vacances d’été. Le film commence comme de nombreuses œuvres de la Nouvelle Vague, à Paris, où de jeunes adultes cherchent une combine pour partir en vacances. Plus que de quitter Paris, l’objectif est ici de suivre l’amour. 

© ECCE Films

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Hector a rencontré une fille au musée où il travaille et veut absolument revoir celle qui se fait appeler « Truquette ». Avec son ami Pator qui a une voiture, ils partent en vacances avec Charlotte, sa collègue. Là commence un road-movie aux multiples péripéties. 

Pour Antonin Peretjatko, quitter Paris, ce n’est pas seulement quitter la grisaille et le quotidien de la ville. Dans sa jeune filmographie (il a à son actif plusieurs courts métrages), Paris est représenté comme une ville dangereuse où les exécutions en pleine rue sont monnaie courante. Parisiens, ne vous affolez pas, faire un cinéma réaliste est le dernier souhait du réalisateur ! Ce premier long métrage ne fait pas exception et le début du film met en scène deux meurtres en public, sans rapport avec le récit, juste pour dresser le décor. Critique de la violence de notre société, le réalisateur fait durer cette violence dans le road-movie estival : Pator est recherché par la police, ils se font braquer la voiture par de faux gendarmes, ils ont un échange de tirs avec de vrais gendarmes, et sont menacés au fusil de quitter les berges d’une rivière. Décidément ce ne sont pas les vacances rêvées loin du stress. 

Ces événements sont traités de manière décalée et loufoque comme tout le reste du film. Antonin Peretjatko définit lui-même ses films de « foutraques », donnant l’impression d’être faits de brics et de brocs et d’improvisation, revendiquée comme étant inspirée de la bande dessinée Les Pieds Nickelés de Louis Forton. On vogue dans une tradition comique des gags visuels à la Jacques Tati ou Mister Bean. La mise en scène se prépare à la virgule prêt et joue de tous les instruments du cinéma : image, son, montage, musique. 

Les prises de vues tournées en pellicule 16mm sont enregistrées à environ 22 images par seconde (au lieu de 24 images par seconde pour le cinéma) de manière à accélérer les actions des personnages et créer un subtil jeu du son (celui-ci enregistré en numérique), plus aigu car lui aussi accéléré, donnant un effet post synchro apprécié du réalisateur. Cette légère accélération est l’ingrédient magique de la mise en scène du jeune cinéaste qui en connaît l’enjeu comique. Il s’amuse même à filmer le président François Hollande en 14 images par seconde pour ridiculiser le formalisme de la cérémonie du 14 juillet sur les Champs Elysées. 

En effet Antonin Peretjatko fait de son film une comédie politique. Il tourne lui-même des images d’actualité pour intégrer son récit dans la France actuelle. Certaines sont détournées et mélangées à la réalité. Il se moque de la politique française : les présidents changent mais la France ne bouge pas ; il se moque de l’Europe et de l’Euro : Truquette ne reçoit que des pièces de zéro euros en distribuant ses gadgets « La Commune » ; et il se moque de la crise qu’on ne voit nulle part sauf dans les médias. 

Cette « crise exceptionnelle » ajoute un récit parallèle à l’histoire d’amour entre Hector et Truquette : la rentrée est avancée d’un mois pour renflouer les caisses de l’Etat. 

Le réalisateur et scénariste profite de ce rebondissement pour jouer sur la « profonde » scission de la France en été. C’est alors le temps de la division entre les juilletistes et les aoûtiens ; choisissez votre camp !

Alors que les juilletistes retournent au boulot, nos protagonistes aoûtiens continuent leur route vers la plage à la recherche de Truquette qu’un incident a fait quitter leur groupe, quitte à être en retard à la rentrée. Les aoûtiens sont les grands perdants de ces vacances et doivent condenser un mois en quelques heures. Il faut alors se dépêcher pour faire la fête, manger des glaces, boire de l’alcool, avoir des amours de vacances… Les vacanciers sont bien décidés à faire le grand chelem avant de rentrer à Paris. 

Ce sont donc des vacances express que met en scène Antonin Peretjatko dans La Fille du 14 Juillet, des vacances passées en voiture sur les départementales de France à la recherche de l’amour, les routes peuplées de rencontres folles et joyeuses. Des vacances en quête de liberté dans un pays qui en permet trop peu aux individus ; comme la caméra de Peretjatko cherche et trouve une liberté et une légèreté que le cinéma français a oublié en croyant innover. Il remet au goût du jour l’esthétique et les moyens de la Nouvelle Vague, une économie qui répond aisément au financement de premiers films comme celui-ci, heureux de son équipement léger et d’une équipe réduite composée d’acteurs et de techniciens habitués de sa direction. 

© ECCE Films

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Un très beau film, génialement drôle qui exploite et explore son propos, une comédie qui nous remonte comme une bonne journée à la plage au soleil. 

Marianne Knecht

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Publié dans 9 - Les vacances d'été au cinéma, LE SUJET DU MOIS
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