Le Monde de Nathan, de Morgan Matthews

Note : 5/5 

Le Monde de Nathan est le premier long-métrage de Morgan Matthews. Après avoir réalisé de nombreux documentaires, il s’est notamment intéressé à l’autisme, en réalisant Beautiful Young Minds (2007), suivant de jeunes prodiges aux Olympiades internationales de Mathématiques. Voulant aller plus loin, Morgan Matthews y voit l’opportunité de faire de ce sujet une fiction sensible, sur le monde, jugé en apparence si différent, d’un enfant autiste.

De cette volonté émerge Le Monde de Nathan, récompensé du prix Cannes Écrans Juniors. Au premier plan du film, on retrouve Asa Butterfield. Âgé de seulement 18 ans, le jeune acteur est déjà connu pour ses rôles dans Le Garçon au pyjama rayé (2008) et plus récemment pour Hugo Cabret (2011).

© Synergy Cinéma

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Dans le long-métrage de Morgan Matthews, Asa Butterfield incarne Nathan, un garçon diagnostiqué autiste. Le spectateur est immédiatement invité à rentrer dans son monde, un monde où son père est mort, où sa mère tente tant bien que mal de communiquer avec son fils, un monde où les chiffres s’appréhendent plus facilement que les sentiments. En effet, Nathan possède un quotient intellectuel très élevé et est considéré comme un génie en mathématiques, sa seule passion. On suit alors le trajet initiatique du jeune garçon, le menant aux Olympiades internationales de Mathématiques, en quête d’un savoir plus trouble pour lui : comprendre et tenter d’aimer ceux qui l’entourent.

De l’observation à l’interprétation : le rôle de Nathan

Au plus près du réel, le réalisateur a été confronté à des enfants uniques, souvent pointés du doigt pour leurs différences. Dans sa fiction, il s’est attaché avant tout à faire jaillir de ces différences une fragilité poétique, en forçant le spectateur à se confronter lui-même à l’autisme, pour ne plus voir que l’unicité face à la différence, pour accepter plutôt que de rejeter. Il s’agit de comprendre et de compatir, il s’agit de voir. Et c’est bien là toute la force que possède le cinéma, dans sa fonction sociétale : découvrir ce qui est d’habitude caché.

Nathan est un personnage fascinant. Et il faut dire qu’Asa Butterfield y est pour beaucoup. L’évolution du personnage se fait subtilement, et le jeune acteur livre une prestation extrêmement touchante, sincère, dans le respect du sujet qu’on lui propose. Extraordinaire, il est habité par Nathan, il incarne Nathan.

Nathan n’est pas une figure de l’autisme : c’est un personnage singulier. Si le film est par certains aspects très réaliste, il n’en reste pas moins de l’ordre de l’interprétation et de la fiction ; l’interprétation d’un personnage d’une part, une fiction accompagnée d’une esthétique singulière d’autre part.

© Synergy Cinéma

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L’esthétique de l’introspection

Le film est un véritable voyage au coeur du monde de Nathan. Ce dernier a été également diagnostiqué synesthète. Pour lui, les couleurs s’intensifient et peuvent prendre forme. Quel meilleur medium que le cinéma pour rendre compte de la synesthésie ?

Il est évident qu’il était complexe de transmettre son impossibilité de comprendre les sentiments des autres à l’écran. Or, on suit le malaise qu’il ressent parfois grâce aux couleurs qui prennent presque vie : la caméra nous met à la place de Nathan. Les plans focalisés sur les lumières et les couleurs apportent de la magie au film, une beauté fondée sur un regard que l’on ose enfin aborder différemment, en le vivant, sans jugement.

Le sensible contre le sensationnel

Le Monde de Nathan laisse voir les mécanismes de son récit. Il n’y a aucune esbrouffe ni dans le scénario, ni dans l’image, ni dans le montage. Le recours aux flashbacks est fréquent, permettant d’assembler les pièces d’un puzzle dont on soupçonne déjà l‘image finale. Le but du film ne réside pas dans une révélation finale, dans une évolution outrancière d’un personnage, non. Morgan Matthews propose de vivre une expérience sensible, le temps d’un long-métrage. Le flashback qui revient le plus est celui de l’accident de voiture de Nathan et son père, dans lequel ce dernier est mort. Image du trauma et paroxysme de la fragilité de Nathan, ce flashback intervient toujours à un moment où Nathan doute et s’interroge. De ce doute, de cette fragilité, de ce traumatisme, peut alors éclore un Nathan à chaque fois transformé.

© Synergy Cinéma

© Synergy Cinéma

Avoir été spectateur de ce film a été une expérience formidable et unique. On ne peut qu’applaudir la sensibilité de ce premier long-métrage.

Jean-Baptiste Colas-Gillot

Film en salles le 10 juin 2015

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Publié dans À L'AFFICHE, Juin 2015

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