Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence, de Roy Andersson

Note : 4/5 

Quinze ans après la sortie de son film Chansons du deuxième étage, Roy Andersson présente aujourd’hui la dernière œuvre de sa « trilogie des vivants » comme il l’intitule lui-même. 

Le réalisateur reprend la structure en saynètes pour dresser le portrait de notre société et plus largement des Hommes. Il dépeint ici l’absurdité de nos comportements, s’attachant particulièrement au milieu urbain. 

© Visionen Filmverleih

© Visionen Filmverleih

Ses personnages au visage blafard qu’il appelle « les vivants » semblent errer dans ce monde comme les personnages des pièces de Samuel Beckett, cloisonnés dans leur environnement, acteurs passifs de leur destinée.  Dans ces multiples séquences indépendantes, deux personnages reviennent tout au long du film et peuvent ainsi constituer un potentiel fil rouge dans une structure narrative éparpillée (et fière de l’être). Jonathan et Sam, plus las que tous les autres, sont des marchands itinérants d’articles de fête. Alors qu’ils traînent leurs trois uniques produits de scènes en scènes, ils répètent qu’ils veulent donner de la joie aux gens, une ironie puisqu’ils n’inspirent que pitié ou déprime. 

Un autre leitmotiv du film est la phrase « Je suis ravie que vous alliez bien » répétée à de nombreuses reprises par des personnages au téléphone. Plutôt que de montrer le décalage entre les personnages et leur slogan, cette phrase pointe les automatismes de nos rapports entre Hommes. Alors que chacun semble totalement privé d’empathie pour son prochain, tous rabâchent cette phrase à leurs proches. 

Sans avoir de sujet propre, ni même de temporalité propre car Roy Andersson s’autorise des changements importants dans l’époque de l’action et même un anachronisme de taille, le film met en scène plusieurs comportements humains axés sur la trivialité omniprésente. En gardant toujours le recul que lui profèrent les focales courtes, Roy Andersson aborde le sexe, les besoins du corps, la cupidité, la cruauté et la mort. Cette dernière inaugure d’ailleurs le dernier volet de la trilogie ; trois rencontres avec la mort, ou l’incapacité de l’homme face à celle-ci. Car c’est face aux derniers instants de sa vie ou de celle des autres que l’Homme apparaît dans toute son absurdité. 

Esthétiquement, Roy Andersson reste également dans la continuité des deux précédents films et fait à nouveau appel à Istvan Borbas qui signait déjà la lumière de Chansons du deuxième étage. Intégralement tourné dans les studios du réalisateur à Stockholm, Un pigeon perché sur une branche… adopte un visuel surréaliste ne cachant pas  l’artifice de ses décors et cherchant une mise en lumière la plus homogène et la plus constante possible. Par ce choix, Roy Andersson dit vouloir montrer tous les personnages et toutes leurs réactions. Cette lumière totale les empêche de se cacher dans l’ombre, c’est la lumière de l’hyper vérité. 

Cette régularité d’éclairage et la netteté des décors sont soulignées par le passage du réalisateur au numérique qui finit de lisser l’image. Celle-ci ne manque pas de nous rappeler l’œuvre de Magritte pour qui le réalisateur ne cache pas son admiration. Mais si le peintre ne jouait pas tant sur la profondeur de champ, l’image du cinéaste se définit par son attention constante pour la construction de la profondeur de champ dans ses cadres en plan large. Chaque scène étant majoritairement montée en plan séquence (ou en deux plans pour les rares exceptions), la composition du cadre est absolument primordiale et excellente. 

© Visionen Filmverleih

© Visionen Filmverleih

Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence est une œuvre subtile et drôle. Un concentré étonnant de cinéma dans une filmographie totalement atypique. 

A découvrir ou redécouvrir sans faute. 

Marianne Knecht

Film en salles depuis le 29 avril 2015

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Publié dans Avril 2015, À L'AFFICHE

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