My old Lady, d’Israel Horovitz

Note : 3,5/5 

Un viager, c’est un procédé qui consiste à acheter un bien immobilier au rabais, dans lequel vit une personne – souvent âgée – jusqu’à sa mort, moyennant une rente que le propriétaire doit lui verser chaque mois. Pratique tristement courante en France, c’est aussi le sujet de My Old Lady d’Israel Horovitz, son premier long-métrage. Dramaturge américain reconnu, Israel Horovitz s’essaie à la fiction cinématographique, en adaptant sa propre pièce, ayant rencontré un vif succès. 

© 2014 Ascot Elite Filmverleih GmbH

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Mathias, un cinquantenaire new-yorkais, arrive à Paris pour hériter d’un hôtel particulier que lui a légué son père. Pour lui, cet héritage est un nouveau départ, puisqu’il n’a ni famille, ni argent. Cependant, il découvre dans ce très grand appartement une vieille femme, Mathilde, occupant les lieux grâce à un contrat viager. Ne comprenant rien à cette loi immobilière, Mathias se retrouve obligé de vivre avec elle, de lui payer une rente mensuelle et de partager ce qu’il pensait être à lui, avec une personne de plus : Chloé, la fille de Mathilde.  

La réussite de My Old Lady tient indéniablement de sa capacité à filmer Paris, sans les clichés et les mièvreries d’usage. Loin de l’image pompeuse souvent véhiculée au cinéma de la capitale, Paris est ici une ville inconnue pour le héros, déambulant dans les petites rues du marais, le nez dans sa carte, à la recherche du fameux hôtel particulier, lui aussi bien loin des dorures qu’on attendrait pour un tel lieu. L’esthétique du film dans son ensemble ne sombre pas dans une grandiloquence surfaite : les choix du réalisateur amènent le spectateur dans le champ de l’intime, nourri par une poétique de la nostalgie. L’hôtel particulier est poussiéreux, certaines pièces ne sont plus visitées, les meubles s’entassent et les photos logent dans les tiroirs comme des vieux souvenirs oubliés. 

© 2014 Ascot Elite Filmverleih GmbH

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La nostalgie s’exprime et se révèle d’autant plus dans l’écriture du film. My Old Lady c’est avant tout la recherche d’un passé secret, d’une histoire que même Mathilde se refuse à raconter. Cette vieille dame aux horaires bien réglés vit dans la monotonie du quotidien, bien loin de l’existence passionnelle que le spectacteur va lui découvrir. C’est la dégradation de la vie et la prégnance de la mort qui sont au coeur du film. 

Film sensible, sur l’épreuve du temps, My Old Lady livre des personnages simples, en proie à leurs souvenirs respectifs, qui se croisent, s’opposent et se rejoignent finalement. Le casting est lui aussi très convaincant. Maggie Smith et Kristin Scott Thomas sont dans une interprétation en retenue, venant contrebalancer la démesure percutante de Kevin Kline. Le comique émane de la contradiction constante entre un jeu lunaire des deux femmes, et le personnage de Kevin Kline, un peu gauche, alcoolique et parfois vulgaire. À eux trois, ils dressent un portrait bien plus authentique qu’il n’y paraît, le portrait d’une vie mal vécue ou trop lointaine pour être encore passionnée. Saluons particulièrement Maggie Smith, sublime et parfaite pour son rôle de Mathilde, une vieille femme ancrée dans le réel d’une part, et figure poétique de la passion perdue d’autre part. 

© 2014 Ascot Elite Filmverleih GmbH

© 2014 Ascot Elite Filmverleih GmbH

My Old Lady est un film très réussi, puissant dans sa poétique et tragique dans son esthétique. En revanche, au niveau de la mécanique d’écriture, il est à noter que l’intrigue, en elle-même, met peu de temps à révéler ses rouages et à s’épuiser. Heureusement, les personnages sont suffisamment attachants pour faire oublier qu’il n’y a rapidement plus d’enjeux scénaristiques à suivre. Au fond, soyons honnêtes, il n’y a aucune surprise à attendre de l’intrigue de My Old Lady. Rien n’arrive vraiment aux personnages, puisque l’action se situe dans les souvenirs. Israel Horovitz n’use que de très peu d’artifices. Au contraire, il met en exergue ce qu’on pourrait appeler une fonction nostalgique du cinéma : donner à voir ce qui ne sera jamais plus, pour pouvoir se rapprocher d’un cadre de l’intime et du singulier. 

Jean-Baptiste Colas-Gillot

Film en salles depuis le 06 mai 2015

 
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Publié dans À L'AFFICHE, Mai 2015

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