Still Alice, de Richard Glatzer et Wash Westmoreland

Note : 4,5/5 

Pour André.

Que reste-t-il de la vie quand on n’est simplement plus ? Perdre ses mots, ses repères, ses souvenirs, c’est perdre son identité, ce n’est plus qu’être un corps, vide, ce n’est plus qu’être un animal, qui pousse un cri, de moins en moins souvent. 

Still Alice, de Richard Glatzer et Wash Westmoreland parle de cette maladie particulière : Alzheimer. Julianne Moore incarne Alice Howland, éminent professeur de linguistique, se découvrant un jour atteinte d’une forme précoce et rare de cette maladie. Le film suit le combat quotidien qu’elle mène pour son mari, ses trois enfants, et surtout pour elle, afin de rester Alice

 © Polyband

© Polyband

Une expérience sensible de la maladie

Alice est le personnage central du film, à tel point qu’elle se retrouve quasiment dans la composition de chaque plan. D’ailleurs, nombreux sont les très gros plans sur son visage, la plaçant au centre de l’oeuvre et de son esthétique. Still Alice se focalise visuellement sur la perte foudroyante de la jeunesse d’Alice. Plus le film avance, plus ses traits sont marqués, plus son expression se fige, jusqu’à ce qu’il n’y ait presque plus d’expression du tout. 

L’angle scénaristique est très intéressant puisqu’il fait d’Alice Howland un professeur de linguistique. C’est elle qui est la première à diagnostiquer la perte de ses repères. Sa vie s’organise autour de l’étude des mots, de l’usage qu’on en fait. C’est pour cela que ses hésitations, ses petits oublis, la perturbent grandement. Et c’est aussi grâce aux mots qu’elle tente de lutter contre l’avancement d’Alzheimer. Elle force son esprit à utiliser sa mémoire et communique avec ses proches, pour ne pas rester isolée. 

Le film propose une esthétique somme toute classique mais très riche. Le récit est plutôt linéaire, entamant une descente aux enfers pour Alice. La musique, souvent extradiégétique, accompagne les sentiments du personnage et ceux des spectacteurs. Elle est notamment inquiétante quand la scène présentée place Alice dans une position de faiblesse. De plus, il y a un recours récurrent à la mise au point sur elle, rendant son entourage flou, ce qui matérialise à l’écran la réalité qui s’altère peu à peu. Enfin, les deux réalisateurs utilisent une scène de son passé, en flashback, comme leitmotiv du film. Ce flashback représente ses souvenirs, jusqu’à ce qu’il ne veuille plus qu’en symboliser la perte.

S’il n’y a donc là aucune recherche d’originalité technique, c’est bel et bien Julianne Moore – ayant notamment obtenu l’Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle – qui porte le long-métrage à bras-le-corps. Still Alice fait le choix de la simplicité et d’un sujet à la fois sensible et clinique.  

 © Polyband

© Polyband

De l’identité à l’altérité

Un des moments les plus marquants du film est une pièce de théâtre que joue la fille d’Alice, Lydia. Alors que cette dernière se fait féliciter par sa famille après la pièce, sa mère s’approche d’elle et lui parle du spectacle, ne la reconnaissant plus. Le drame est double, composé par la mise en abyme du théâtre et la perte temporaire de sa qualité de mère. À ce moment, Alice est déjà une autre personne ; sa maladie est à un stade avancé. Elle dit à sa fille qu’elle s’est identifiée au sujet de la pièce, n’étant elle-même plus qu’une actrice de sa propre vie. 

Le cinéma apparaît alors être un medium idéal pour parler justement de la maladie d’Alzheimer,  puisque tout comme le théâtre, il consiste à incarner, non plus à être. Et Julianne Moore n’est pas vraiment Alice, elle conserve sa beauté même quand elle est au plus mal. Mais elle incarne magistralement sa beauté tragique, rappelant l’universalité humaine face à la maladie. 

© Sony Pictures Classics

© Sony Pictures Classics

Si Still Alice semble être un film de sensibilisation, il ne sombre jamais dans la sensiblerie. Le sujet est bien évidemment très lourd et suppose une identification pouvant provoquer une sensation de mal-être. Toutefois, il évite tous les malaises, par sa grande justesse : Kristen Stewart est étonnante, Julianne Moore est bouleversante et Alice est still Alice, au moins pour ceux qui l’aiment. 

Jean-Baptiste Colas-Gillot

Film en salles depuis le 18 mars 2015

Publicités
Tagged with: , , , , , ,
Publié dans À L'AFFICHE, Mars

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivez-nous sur Twitter
Archives
Paperblog
%d blogueurs aiment cette page :