Les Merveilles, d’Alice Rohrwacher

Note : 2,5/5 

Les Merveilles est un film auquel nous avions envie de croire : l’histoire d’une famille d’apiculteurs vivant à l’écart dans la campagne italienne. L’histoire de Gelsomina, l’aînée des quatre filles de la famille, qui aime cette vie de nature mais aspire à une vie plus facile à la ville inspirée par la venue d’une équipe de tournage d’une émission de télévision dans sa région et par l’aura de la présentatrice. Une fille qui se transforme lentement en femme et dont les yeux brillent devant cette femme aux allures de reine des mers alors que son père en a fait le fils de la famille. Nous aimerions croire en ce personnage travaillé qui, à l’entrée de l’adolescence, ne sait plus très bien sur quel pied danser. Et pourtant nous ne comprenons pas le Grand Prix décerné à ce film par le jury du festival de Cannes car les bonnes idées du film glissent entre les doigts de sa réalisatrice. 

© ANSA

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Si les personnages de Gelsomina et de sa petite sœur Marinella nous touchent par leur incarnation d’une certaine enfance, nous restons assez indifférents au reste du film. Les autres personnages sont cantonnés dans leur fonction au sein du récit. Le père est la figure conservatrice qui tente de retenir sa fille dans la vie paysanne qu’il a construite pour elle et rejette toute nouveauté. La mère est présentée en opposition à lui. Elle est le ciment de la famille, aimante et à l’écoute de sa fille. Coco, leur amie et colocataire, a pour rôle d’entraîner Gelsomina vers son émancipation. Si on comprend l’utilité de leurs rôles dans le récit, nous regrettons un sévère manque de nuances dans ces personnages. 

Un autre personnage nous laisse également sur notre faim : Milly, la présentatrice télé jouée par Monica Bellucci. Alors que l’on aimerait voir son influence sur Gelsomina être développée, ce personnage est bloqué au rang d’égérie physique. Milly ne parle presque pas, si ce n’est pour répéter ce que le producteur lui dicte. Elle ne semble être qu’une poupée à qui on change la tenue et les coiffures. Si le rôle n’était pas tenu par Monica Bellucci dont la cinégénie fait des merveilles, il passerait complètement inaperçu. 

Autour de ce personnage délaissé par le scénario, nous découvrons une émission de télévision en complète déconnexion avec le paysage audiovisuel que nous connaissons. « Le village des merveilles » va de région en région pour promouvoir les productions culinaires traditionnelles d’Italie. Mais ce qui nous est donné à voir de l’émission et de ces coulisses dans Les Merveilles est un carnaval de costumes ridicules inspirés par l’antiquité avec pour décor une grotte sombre et étroite éclairée d’une poignée de spots et de guirlandes multicolores lumineuses. Le tout orchestré par cinq techniciens devant un public de dix personnes. A priori pas de quoi bouleverser la vie de notre jeune héroïne. 

© ANSA

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Tous les synopsis que vous trouverez concernant le film indiqueront aussi l’arrivée d’un garçon étranger dans la famille comme élément déclencheur. Ce jeune apprenti ne semble pourtant d’aucune utilité dans le récit si ce n’est être une rare péripétie dans le quotidien de cette famille. 

Les Merveilles n’est ni un film à scénario, ni un film valorisant le talent de ses comédiens, ni un film de photo, ni un film de montage ; alors pourquoi est-ce un Grand Prix ? Peut-être que cette récompense nuit finalement au film que l’on aurait apprécié découvrir un peu par hasard. Sûrement sommes-nous sévères car nous aurions voulu aimer ce film qui n’est pas dépourvu de bonnes idées ni de bonnes scènes. Mais force est de constater que Les Merveilles est encore loin d’être un film abouti. 

Marianne Knecht

Film en salles depuis le 11 février 2015

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Publié dans À L'AFFICHE, Février 2015

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