Une histoire américaine, d’Armel Hostiou

La liberté, l’héroïque-looser et New York

Note: 3,5/5 

Armel Hostiou sort en 2003 de La Fémis. Après plusieurs courts-métrages primés, il réalise son premier long-métrage Rives qui sera sélectionné dans la sélection ACID de Cannes en 2011. En 2013, il réalise le court-métrage Kingston Avenue dans lequel le personnage principal est interprété par Vincent Macaigne, nouveau talent dévoilé par l’actuel cinéma d’auteur français. Mais Armel Hostiou voit plus loin dans cette collaboration : Kingston Avenue aurait-il le potentiel d’un long-métrage ? 

Les deux hommes se décident à aller plus loin. Ils reprennent ensemble le scénario (Vincent Macaigne contribue de très près à l’écriture du scénario), s’entourent d’une toute petite équipe de tournage, d’un casting incomplet, et partent à l’aventure direction New York avec un budget de trois francs six sous, et la détermination de créer comme principal moteur. Voici donc Une Histoire américaine.

© UFO Distribution

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Vincent, un homme éperdu d’amour pour Barbara interprété par Kate Moran, comédienne de théâtre révélée au cinéma par Yann Gonzalez, décide de partir à New York pour la reconquérir. Malheureusement pour lui, Barbara, désormais mariée avec un autre homme, a refait sa vie dans la capitale américaine. Impossible, donc, de retrouver leur amour d’antan. Oui, mais on ne peut pas empêcher un coeur d’aimer. L’essence d’Une Histoire américaine s’illustre autour d’un proverbe bien connu : l’amour rend aveugle. Et si en plus de cela l’amour rendait complètement con ? 

Le film s’ouvre sur un travelling aérien nous présentant la ville de New-York. On reconnaît bien l’Amérique. L’un des points esthétiques sur lequel le film s’articule est la présentation d’une ville grisonnante. Si New York correspond à la ville édénique dans l’inconscient collectif, elle est ici présentée comme fade, triste, mortuaire. Dans un cadre hivernal, nous accompagnons Vincent dans une errance totale. Affaibli mais prêt à tout, le film nous plonge dans une drôle de comédie par sa persévérance. Comique, elle l’est : dans les bars, dans le métro, dans la rue, les rencontres entre les inconnus et Vincent se multiplient, les situations cocasses lui tombent dessus, mais elles finissent toutes sur le même point, son amour pour Barbara. Que ce soit un illustre inconnu dans le métro, ou une femme aguicheuse dans un bar, Vincent brandit son téléphone et montre des photos de son ancienne compagne. « Elle est jolie hein? ».

© UFO Distribution

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Une Histoire Americaine, c’est un comique-crescendo de répétition très abouti. Armel Hostiou et Vincent Macaigne s’amusent à pousser le vice jusqu’à son paroxysme. L’obsession à tout prix, un peu comme pouvait le faire Skolimowski dans Deep End à travers toute la séquence où le jeune amoureux s’impatiente dans les rues londoniennes. La tension, au fur et à mesure, ne cesse de monter, la névrose de Vincent se transformant peu à peu en psychose. Cette montée a un double sens : d’une part, elle alimente la dramaturgie du film, mais elle permet surtout d’autre part d’amener à rire de manière peu conventionnelle grâce à la splendide interprétation de Vincent Macaigne.

Derrière son jeu se cache une forme d’héroïsme. Maladroit et entêté, il a une détermination infinie à se prêter au jeu. Le rôle lui va à la perfection, lui qui est capable de s’impliquer dans la tragédie d’un amour impossible, de provoquer l’empathie, et de l’accompagner de gags, de folies truculentes. Les scènes sont parfois improvisées, sur le vif, avec un Canon 7D, les rencontres inattendues sont capturées et amenées pour construire le récit. Le film révèle une certaine débrouillardise qui se prête assez bien avec l’histoire, même si la mise en scène se révèle, par moment, un peu simpliste. 

Seul point à regretter sur la fin, dans le dernier passage du film. Une ellipse tombe. Le père et la soeur de Vincent viennent lui rendre visite pour tenter de le sortir de son obstination amoureuse. Le cadre change et nous voilà en été. Mais finalement, cela n’apporte pas grand chose. On comprend bien, avec raison, que le film ne désire pas finir bêtement sur une fin toute construite vers l’happy end niaise. Cela aurait été la plus grande des erreurs en vue de la construction de l’histoire et de ses protagonistes. Mais il est bien dommage de voir l’incapacité à proposer un autre monde que celui qui s’ouvre dès le début du récit, ramené à son point initial, malgré un changement notable chez Vincent (il commence à intégrer la notion d’amour impossible).

© UFO Distribution

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Il faut donc encourager cette sortie à la distribution réduite, car l’effort proposé amène un produit improbable, en dehors des sentiers battus, et prouve là encore que le cinéma réellement indépendant n’est pas prêt de perdre en puissance. Si vous hésitez quant au choix du film à voir en couple pour la Saint-Valentin, à l’heure où l’horrible 50 nuances de Grey profite de la plus grosse des promotions, j’y répondrais volontiers : Une Histoire américaine (si vous partagez un peu d’ironie), ça changera, et ce n’est pas plus mal !

Thomas Olland

Film en salles depuis le 11 février 2015

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Publié dans À L'AFFICHE, Février 2015

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