Alléluia, de Fabrice du Welz

Note : 3,5/5 

Si le film de Fabrice du Welz se fond dans la masse des sorties du mercredi en France, Alleluia était dans toutes les bouches des cinéphiles belges ; et pour cause : après avoir remporté le prix spécial au Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF), ce long métrage a fait l’effet d’un ras de marée sur le palmarès du festival d’Austin au Texas : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice pour Lola Duenas et meilleur acteur pour Laurent Lucas. Rien que ça.

Alleluia raconte la passion meurtrière de Gloria et Michel. Il est un professionnel de la manipulation de femmes, les séduisant pour les dépouiller ; mais alors qu’il tente de prendre Gloria comme victime celle-ci lui propose de l’assister. 

Le film est construit en quatre chapitres portant chacun le nom d’une victime ; Gloria en étant donc la première. Alors que le premier chapitre la présente comme personnage principal et pose les bases de leur relation et de leur collaboration, les chapitres suivants s’attachent au traitement direct d’une victime. Cette découpe du récit invoque ainsi une liste de proies dont on raillerait les noms les uns après les autres ; l’application d’un plan prévu au cas par cas. 

© Kris Dewitte

© Kris Dewitte

Nulle pitié chez Michel et Gloria, et pas davantage dans les yeux des spectateurs témoins de leurs mises en scène. Fabrice du Welz ne cherche pas à nous effrayer en nous mettant à la place des victimes, il nous place dans l’intimité du couple et particulièrement de Gloria ; justifiant presque ses actes par son amour pour Michel et une jalousie farouche. Si je comprends l’interdiction du film à un public de moins de seize ans, je ne suis pourtant pas convaincue de son appartenance au genre fantastique ou d’épouvante. Nous ne sommes pas ici dans un cinéma de la peur, de l’angoisse, ni des cauchemars. Alleluia s’apparente davantage à un cinéma thriller particulièrement sanglant. Si je parle de proies, ce n’est pourtant pas un monstre fantastique qui les pourchasse mais une femme enivrée de passion pour un homme ; une femme dont on comprend les émotions et qui appartient à notre réalité. L’effet de thriller réside dans le suspense qui précède les meurtres : « jusqu’où tiendra-t-elle avant de les tuer ? » L’étrange intervient dans le défoulement du meurtre, mais quel meurtre ne le serait pas ? Sous l’influence de ces pulsions, cette femme devient alors monstre de morale. 

© Kris Dewitte

© Kris Dewitte

Les crimes sont mis en scène dans toute leur brutalité et leur violence physique. De la crudité du rapport sexuel qui précède le crime, nous passons à l’agonie de ce corps et de ce visage qui jouissaient l’instant passé. La violence monte ainsi crescendo au fil des chapitres alors que Gloria abandonne de plus en plus son ancienne vie de mère. Mister Hyde prend le pas sur Docteur Jekyll… 

Manipulation, sexe et violence définissent donc ce film fort et troublant à mi-chemin entre le gore et le drame. 

Marianne Knecht

Film en salles depuis le 26 novembre 2014

 
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Publié dans À L'AFFICHE, Novembre 2014
One comment on “Alléluia, de Fabrice du Welz
  1. Merci Marianne pour ce bel article! Ca donne envie, et il faut reconnaitre que Laurent Lucas brille par son étrangeté et son implication dans des rôles souvent difficiles. A bientôt sur WordPress!

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