Interstellar, de Christopher Nolan

Note 3/5 

Après 16 ans de carrière, Christopher Nolan nous a offert une filmographie riche et complexe tentant de se renouveler sans cesse par ses scénarios construits et sophistiqués.

Ayant recours à de nombreux twists scénaristiques, distorsions du temps, superpositions d’intrigues, Christopher et son frère Jonathan (co-scénariste sur de nombreux projets, Memento (2000), Le Prestige (2006), Interstellar) maintiennent le spectateur en haleine et prolongent après coup une observation approfondie de leur récit, une relecture de l’ensemble, et de nombreux débats sur des théories diversifiées.

Dans un scénario, il y a des nœuds dramatiques concernant les personnages principaux, des personnages et intrigues secondaires, des secrets à découvrir, des énigmes à révéler, mais la prouesse scénaristique opère lorsque chacun de ces fragments de narration édifie l’œuvre sur un grand thème, une direction, une réflexion, sans se perdre dans des méandres ou des simplicités scénaristiques.

Quel est donc ce grand thème enfoui parmi toutes ces idées dans ces 2h50 de cinéma ?

© Warner Bros Entertainment

© Warner Bros Entertainment

L’histoire se passe dans un futur proche, la terre ayant été malmenée par notre génération, elle est devenue difficilement habitable (tempête de poussière, pénurie alimentaire), l’espèce humaine est condamnée.

Joseph Cooper (Matthew Mcconaughey), ancien pilote et ingénieur de la NASA  désormais dissoute, s’est reconverti dans l’agriculture et vit dans sa ferme avec le père de sa défunte femme, son fils Tom et sa fille Murphy. Sa fille de 10 ans ressent une présence (qu’elle appelle « son fantôme ») qui tente de communiquer avec elle. Cette forme inconnue lui transmet des messages codés par ondes gravitationnelles qui forment sur le sol de sa chambre des coordonnées géographiques. 

Cooper suit cette piste et découvre que la NASA existe toujours et qu’elle n’a pas cessé depuis 40 ans de poursuivre des recherches, dirigées par le professeur John Brand, sur un trou de ver qui se trouve en orbite autour de Saturne. Ce trou de ver permettrait de rejoindre rapidement, sans voyages intersidéraux durant des millénaires, une autre galaxie contenant des planètes où l’espèce humaine pourrait potentiellement habiter. La NASA confie à Cooper la manœuvre du vaisseau spatial pour récupérer les informations transmises par des astronautes sur trois planètes.

Interstellar est un film ambitieux, qui tente de soulever de nombreuses questions actuelles : l’écologie (le réchauffement climatique, la pénurie alimentaire), la science (survie de l’espèce humaine par le développement in vitro d’embryons cryogénisés), physique théorique (théorie des cordes, mécanique quantique), l’astronomie et l’astrophysique (conquête de l’espace, étude du milieu interstellaire).

Les frères Nolan se sont basés sur des travaux de Kip Thorne, physicien et théoricien américain connu pour être l’un des plus grands experts sur la théorie de la relativité générale d’Einstein, adaptant leur scénario afin d’être en adéquation avec la réalité scientifique actuelle. En collaborant ensemble avec le service des effets spéciaux du film, ils ont réussi à imager, pour la première fois, la formation d’un trou noir (gentiment nommé « Gargantua »), véritable avancée scientifique paraissant déjà dans les revues spécialisées.

N’oublions pas que le film est un blockbuster (il faut que cela plaise à tout le monde) et se contente d’effleurer les sujets sans creuser en profondeur. Tout en restant intelligent dans sa construction, il manque d’harmonie, privilégiant les scènes d’héroïsme aux théories scientifiques et leur teneur métaphysique.

© Warner Bros Entertainment

© Warner Bros Entertainment

Les comparaisons avec les films comme 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968) et Solaris de Andrei Tarkovsky (1972) seraient difficilement envisageables sachant que les réflexions apportées par les auteurs n’ont pas les même perspectives. Les œuvres renfermant le plus de similitudes sont des films comme Sunshine de Danny Boyle  (2007) ou le récent Gravity de Alfonson Cuarón (2013). 

Interstellar se distingue par sa vocation humaniste des dernières productions de Christopher Nolan, qui se reposaient quasiment exclusivement sur la CGI (Computer-Generated Imagery) et dont les scénarios manquaient de substance, comme Man of Steel (2013) de Zack Znyder ou encore Transcendance (2014) réalisé par Wally Pfister, son chef opérateur depuis Memento (2000) n’ayant pu participer à l’aventure. Hoyte Van Hoytema a été sélectionné par les studios Warner après avoir fait ses preuves sur Morse (2008) de Tomas Alfredson, film à la photographie glaçante et nuancée en blanc, ou encore Her de Spike Jonze (2013), florilège de couleurs vives et chaleureuses. Ici, il offre des contrastes de noirs sublimes et des tons grisâtres rappelant la photographie de Jeff Cronenweth dans Gone Girl (2014) de David Fincher. 

A la composition musicale préside toujours le maestro Hans Zimmer, fidèle collaborateur depuis 2005. Pour ce film, Christopher Nolan a tenu secret le scénario ne voulant pas alourdir le sujet d’une partition trop présente.

Le film, scindé en deux parties Terre/Espace, parvient à conserver son rythme tempéré jusqu’à la dernière demi-heure où les auteurs s’efforcent de boucler toutes les propositions soumises dans un rythme saccadé négligeant l’émotion. Le film nous laisse sur une frustration passagère et un désir inassouvi de connaissances approfondies sur les théories scientifiques de Kipp Thorne.

Félicitons le réalisateur de vouloir élever le niveau des grosses productions américaines en introduisant des trames narratives complexes, même si la  réalité du système hollywoodien l’empêche d’atteindre ses objectifs. Néanmoins, le film est une réussite par sa volonté œcuménique.

© Warner Bros. France

© Warner Bros. France

Les mots prononcés par Amélia Brand (Anne Hathaway) reflètent la thématique du film : « l’amour est la seule chose qui transcende le temps et l’espace ». L’Amour est le secret de notre vie ici-bas. Il donne un sens à notre existence. Les Grecs, l’un des peuples fondateurs de la démocratie, détiennent quatre mots pour définir l’Amour :

Agapé : l’amour désintéressé, universel

Storgê : l’amour familial 

Eros : l’amour naturel, le plaisir charnel 

Phillia : l’amour bienveillant, l’amitié

En définitive, le  poème de Dylan Thomas (poète gallois du XXe siècle) récité comme une maxime par plusieurs des personnages résume notre condition humaine.

N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit,
Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ;
Rager, s’enrager contre la mort de la lumière.

Vivre dans l’Amour et accepter la mort.

Mathieu Cayrou

Film en salles depuis le 05 novembre 2014

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Publié dans À L'AFFICHE, Novembre 2014

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