A Girl at my Door, de July Jung

Note : 3,5/5 

A Girl at my Door a le charme maladroit d’un premier film qui a eu les yeux plus gros que le ventre. Peinant à choisir entre plusieurs thématiques lourdes, ce premier long-métrage se perd un peu, mais séduit tout de même par sa témérité.

© Epicentre Films

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Young-nam, commissaire à Séoul, est mutée dans un petit village de Corée. Elle y rencontre  la jeune Dohee, une adolescente taiseuse et secrète, brutalisée par son père d’adoption, Yong-ha, qui tient presque à lui seul toute l’économie du village. Entre les deux femmes se noue un lien fort et ambigu, la jeune fille se réfugiant souvent chez la commissaire au passé trouble.

Le début du film impressionne par sa très bonne maîtrise narrative : July Jung présente très efficacement ses personnages et son décor – ce petit village en bord de mer, avec ses habitants fouineurs et volontiers médisants. En quelques plans et quelques minutes, les enjeux du film sont plantés : le passé mystérieux et les failles actuelles de Young-nam, l’alcoolisme et la violence du père…

Mais derrière l’apparente simplicité du problème exposé au début du film – une adolescente violentée qu’il s’agit de protéger – se cache en fait une approche psychologique (voire psychanalytique) plus complexe : très vite, il ne s’agit plus seulement de sauver Dohee, mais bien de parvenir à déceler le vrai du faux dans le comportement étrange de la jeune fille.

La réalisatrice fait preuve d’une grande maîtrise de la psychologie de ses personnages, et l’ensemble du récit tient à un savant dosage des points de vue. Les trois-quarts du film sont ainsi régis par le seul point de vue de la commissaire (comme le laissait déjà entendre le titre), dont le passé et le secret nous sont cependant longtemps dissimulés, jusqu’au basculement du côté de Dohee, révélant une manipulation surprenante de perversité sans qu’aucun jugement moral catégorique ne permette de s’en sortir avec un partage évident de la culpabilité.

Sachant prendre son temps et aidé par une mise en scène qui, sans briller par son originalité, sert toutefois efficacement les enjeux narratifs, le film fait constamment douter le spectateur de la nature des relations entretenues par chaque personnage, notamment celle qui lie la commissaire et la jeune fille. Relation maternelle, amoureuse ou salvatrice : le film ne tranche pas et distille une ambiguïté constante.

© Epicentre Films

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Toutefois, cette habile maîtrise de l’écriture ne fait pas oublier les gros défauts d’un film qui se perd dans des sujets annexes. Ainsi, on saisit mal la place faite à la question de l’immigration et du travail clandestin, des sujets lourds sans vraie nécessité narrative, si ce n’est souligner un peu plus la dimension violente du personnage du père. Ce sont là des thématiques trop chargées de sens (politique, social, culturel) pour n’être ainsi traitées qu’en surface, d’autant plus que d’autres sujets de société – que je ne dévoilerai pas ici au risque de gâcher le récit – donnent déjà au film une certaine lourdeur.

A ce problème de choix crucial s’ajoutent quelques défauts de rythme, notamment des longueurs et des répétitions : la fameuse présence « at the door » de Dohee devient un leitmotiv, répété jusqu’à en perdre son intérêt narratif. Enfin, July Jung cède à quelques facilités en fin de film : des effets de rappel, une construction en (quasi) boucle, une conclusion convenue. Les dernières vingt minutes font s’accélérer les événements et les révélations de manipulation, puis peinent à conclure.

© Epicentre Films

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Sans gros temps morts, A Girl at my Door pâtit tout de même d’un défaut de gestion thématique et narrative. Mais malgré ces défauts, le film, dont on rappelle l’audace dans le traitement de la psychologie d’un personnage enfantin à la nature complexe, invite à surveiller les projets futurs d’une scénariste talentueuse, à qui manquent encore la maîtrise de son écriture et une ambition formelle plus conséquente.

Alice Letoulat

Film en salles le 5 novembre 2014.

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Publié dans À L'AFFICHE, Novembre 2014

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