La Légende de Manolo, de Jorge R. Gutiérrez

Note : 3/5 

Le cinéma d’animation réinvente et se réinvente sans cesse, en arborant très souvent la forme du conte. La Légende de Manolo est une de ces histoires qu’une jeune femme, guide de musée, va raconter à une petite bande d’enfants désinvoltes mais bientôt captivés. La jeune femme ouvre le livre de la vie, dans lequel toutes les histoires du monde sont consignées. À San Ángel, au Mexique, la fête des morts est l’occasion pour les vivants de sentir la présence de leurs défunts proches et de les célébrer, comme le font trois enfants : Manolo, Joaquín et María. C’est alors que La Muerte régnant sur le royaume des âmes chéries et Xibalba sur celui des oubliés, parient pour savoir lequel des deux garçons se mariera avec María. 

© 20th Century Fox

© 20th Century Fox

La plus grande réussite de ce film d’animation est de mobiliser un langage référentiel pour les spectateurs – a fortiori majoritairement des enfants – qui puisse être reçu par tous. Le film mêle en effet à la fois le folklore de la fête des morts au Mexique et la revisite libre du mythe d’Orphée et Eurydice. D’une part, l’animation permet aux enfants de découvrir l’aspect festif de cette célébration. Les paysages débordent de couleurs et participent à construire un monde féérique distanciant suffisamment les quelques scènes plus sombres.

De plus, le character design des morts laisse à voir des silhouettes aux crânes dessinés, aux traits caricaturés ou déformés, comme les dessins qu’en feraient les enfants pour se les approprier. Ils sont les jouets servant à créer une histoire, comme les figurines que la guide du musée présente à ses jeunes auditeurs. D’autre part, La Légende de Manolo réussit avec succès à faire une version enfantine et fabuliste d’Orphée et Eurydice, sans jamais l’imposer. 

© 20th Century Fox

© 20th Century Fox

Ce nouveau film d’animation, produit et porté par Guillermo del Toro, essaie de centrer la multitude de ses actions autour de la dialectique dualiste entre bien et mal. Cédant quelques fois à la moralisation, certaines scènes ressemblent à des discours sur l’honneur, le courage et l’amour, le passage le plus représentatif étant la première corrida de Manolo, qui refuse de mettre à mort le taureau qu’il affronte. La corrida est le chemin à suivre familial pour Manolo qui cherche à s’en extraire ; au-delà du bien et du mal, il y a là une lecture presque didactique sur l’être et le devenir.

C’est en cela que ce film pèche, puisqu’il s’agit ici d’une fable classique accumulant les poncifs que les spectateurs sont prêts à entendre, pour aboutir à une morale peu surprenante. Enfin, en considérant le fameux livre de la vie comme une métaphore de l’infini des arts et de la culture, que les enfants peuvent et veulent encore ouvrir, ce film devient un objet cinématographique précieux. 

© 20th Century Fox

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La Légende de Manolo repose sur des codes classiques mais maîtrisés et une interaction entre les personnages peu évolutive, mais variant efficacement entre les effets comiques et les effets d’attente. Il n’en reste pas moins que l’esthétique est réussie et captivante. Certes, le film comble les attentes par avance et avec facilité, sans ôter toutefois la magie folklorique qui résulte de la fête des morts et la magie de l’animation au cinéma et dans les yeux de tous les spectateurs.  

Jean-Baptiste Colas-Gillot

Film en salles depuis le 22 octobre 2014

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Publié dans À L'AFFICHE, Octobre 2014

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