Near Death Experience, de Benoît Delépine et Gustave Kervern

Note : 1,5/5

Après Louise-Michel et Mammuth, les grolandais reviennent avec un sixième film : Near Death Experience. Après Yolande Moreau, Gérard Depardieu, Albert Dupontel, c’est au tour de l’écrivain Michel Houellebecq de faire office de guest-star en incarnant Paul, le poivrot de province usé par la vie. 

Voici donc un film qui dispose d’une qualité, celle d’être proche de son titre : l’expérience de mourir d’ennui.

© Ad Vitam

© Ad Vitam

Une errance sans sens 

Le film s’ouvre lentement par un portrait caricaturiste : un homme, Paul, boit des coups dans le bistrot proche son domicile. Il rentre ensuite chez lui, et continue de s’enivrer devant la télé. Jusqu’au moment où sa femme et ses enfants arrivent. On comprend alors qu’il n’entretient plus qu’un rapport de mari-père inexistant, d’ivrogne dépressif au bout de sa vie, et que la vie, « c’est de la merde ». Il s’en va en prétextant aller se balader, et se retrouve sur une montagne dans l’unique but d’en finir. S’en suivent 90 minutes d’errance totale, de plans fixes en altitude dans une nature démesurée, couverts par une voix off, celle de Houellebecq, qui répète sa lassitude de la vie.

Grosso modo, Kervern et Delépine jouent la carte du film minimaliste, c’est-à-dire une espèce de caméra DV/numérique pour essayer de retrouver une sensation de 35mm. Essayer. Et une équipe réduite à 4 ou 5 techniciens. On y ajoute une pseudo réflexion sur la vie, la mort, accompagnée d’une figure emblématique et intellectuelle : Houellebecq, et des extraits de Schubert.

Malheureusement pour eux, ce n’est pas ce qui rendra le film meilleur, si celui-ci est vide à la base. On y trouvera cependant, par moments, des petites idées de mise en scène, et de vie à l’intérieur d’un récit aussi mort que le personnage l’est dès le début de l’histoire. On les compte sur les doigts d’une main : une rencontre anodine avec un homme qui propose une partie de coureur (jeu de billes avec des figurines de cyclistes), une scène anarchiste où Paul saute sur une tente, un monologue avec un amas de cailloux représentant sa famille. Le reste du temps, le film plonge dans sa propre complaisance et se répète: une voix off, une marche dans la nature. Comment, dès lors, ne pas plonger dans l’ennui et reprocher au film de s’auto-intellectualiser ?

Un film (pour se répéter tout comme lui) complaisant : on justifie la forme post-amateur/ naturaliste pour faire surgir les émotions invisibles, et pour avoir un échange plus profond avec le spectateur par la présence d’imperfections. Mais quand la mise en scène est aussi plate, et le propos faible, l’équation ne marche pas. Pour faire court : le début annonce la mort du personnage. La fin montre la mort du personnage. Entre les deux, on marche dans la montagne, et on ne change rien. Rien du tout. Et en utilisant le principe de répétition, le spectateur ne pourra s’évader du mal être interne du personnage Paul.

Ah oui, et on fait une scène un peu rock, où Houellebecq danse, sans aucune frayeur, face à lui-même avec un bon morceau d’heavy métal de Black Sabbath, parce qu’on veut aussi montrer qu’on est cool, avec Kervern, on aime bien se lâcher et on n’écoute pas que du Schubert. 

© Ad Vitam

© Ad Vitam

Dommage. S’il est vrai que le film est réellement vide, on y voyait parfois quelques bonnes idées.

Thomas Olland

Film en salles depuis le 10 septembre 2014.

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Publié dans À L'AFFICHE, Septembre 2014

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