Les Gardiens de la Galaxie, de James Gunn

Note : 3/5 

Chaque année apporte son lot de productions Marvel. Cet été, le studio s’est risqué à porter à l’écran un comic bien moins connu que les Iron Man, Spiderman et autres Avengers. Si l’on pouvait imaginer que le pari serait facilement gagné outre Atlantique, la gageure était de parvenir à conquérir le public européen. Surtout, et comme à chaque adaptation de comics, le film devait convaincre les connaisseurs tout en restant accessible au public peu averti (dont je fais partie). Il en ressort un film qui, sans prétention, parvient à accrocher en usant de procédés efficaces. La machinerie déployée à grands coups d’effets spéciaux fait de ces Gardiens de la Galaxie un film grand spectacle, divertissant et léger.

Peter Quill, alias Star-Lord, jeune Terrien enlevé à sa planète natale étant jeune, est un petit voleur sans intérêt. Il se retrouve en possession d’une orbe qui attire les convoitises et, forcément, les ennuis. Le voilà emprisonné en compagnie de drôles de comparses : Gamora, une jolie traîtresse verte, Drax, un type baraqué et stupide, Rocket, un raton-laveur génétiquement modifié, et un arbre (oui oui, affublé du joli nom de Groot). Cette drôle d’alliance décide de mettre fin aux agissements de Ronan, l’ancien chef de Gamora, qui prévoit (en gros) de détruire l’univers.

© The Walt Disney Company France

© The Walt Disney Company France

Ce qui fait le charme immédiat des Gardiens de la Galaxie, ce sont ses personnages loufoques. Rocket et Groot accèdent vite au rang de personnages préférés, malgré un développement on ne peut plus succinct. La dimension décalée de ces personnages fait (un peu) oublier la stéréotypie du scénario (le beau garçon et la belle fille, le mauvais bougre sensible…), qui trouve son origine dans un postulat complètement incohérent : pourquoi donc ces truands se décident-ils si vite à devenir de bons samaritains ?

L’incohérence est plus ou moins dissimulée sous une avalanche d’événements et d’explosions qui perdra le spectateur peu concentré, d’autant plus que le montage, visiblement pressé, fait se succéder des plans qui ne durent en moyenne pas plus d’une seconde. La réalisation renchérit sur cette impression d’un vaste capharnaüm : les plans sont généralement très mobiles, les couleurs très flashy et la musique omniprésente (mais de qualité, en ce qui concerne les morceaux in). Tout cela concourt à donner aux Gardiens de la Galaxie une esthétique très  »film-de-studio », d’autant plus que les extérieurs et les séquences de jour sont rares.

Mais ce n’est, à la rigueur, pas bien grave : la réalisation ne pique pas trop les yeux et les oreilles (contrairement à l’affreux Man of Steel), et l’intérêt du film est à chercher ailleurs que dans son récit littéral. Celui-ci ne brille ni par son audace ni même par sa construction, faite – classiquement – de longs moments de pause explicative et bavarde entrecoupés de séquences d’action pure. Pas la peine non plus de chercher bien loin le sous-texte du film : derrière les attaques de Ronan contre lesquelles lutte une association inter-galactique dont il est dit peu de choses, on reconnaîtra aisément, bien que cela soit peu exploité, le combat anti-occidental mené par les terroristes ou les dictateurs de tout poil auxquels s’oppose l’ONU.

© The Walt Disney Company France

© The Walt Disney Company France

Tout cela ne compte pas : on est loin du blockbuster dit  »sérieux », sombre et profond, dont le meilleur exemple récent demeure The Dark Knight (produit par DC Comics, les grands rivaux de Marvel). Ce qui importe – et c’était déjà le cas dans les films précédents du studio – c’est justement la légèreté et l’humilité avec lesquelles le film traite son propre sujet. Les Gardiens de la Galaxie ne se prend pas pour meilleur qu’il n’est, il ne promet pas plus que ce qu’il offre, sans prendre pour autant (ça aurait été le risque) le spectateur pour un idiot. Le film est calibré pour un public familial : les enfants s’amusent du comportement outrancier du raton-laveur pendant que leurs parents profitent du déluge d’effets spéciaux et de quelques blagues plus téméraires qui font d’autant plus rire qu’elles surprennent dans un tel contexte. En outre, les multiples références aux années 80 raviront les adultes nostalgiques.

Au-delà d’ailleurs du seul intérêt financier (conquérir un public large), la part réservée à l’humour sert un autre projet : celui du récit dans lequel, derrière les frasques désorganisées des personnages, on reconnaît une thématique plutôt en vogue, celle du anti-héros un peu looser qui peut plus que l’union de plusieurs dizaines de planètes. Nos cinq héros n’en sont pas vraiment : ce sont tous des malfaiteurs pas très bien dans leur peau, un peu stupides, et loin (très loin) du canon héroïque. Cependant (je ne vous gâche rien), ce sont eux qui gagnent (face à un méchant, il faut tout de même le dire, lui aussi assez peu impressionnant). L’affrontement final dit bien cela : le vrai courage, c’est de savoir être ridicule au bon moment. Le film célèbre donc l’idiotie et la maladresse, ces deux conditions pour obtenir la victoire, mais aussi l’amitié (en attendant l’amour).

Le film n’échappe pas aux moments pompeux (l’épineuse question des origines, forcément tragiques et troubles, du personnage principal ; les nombreuses phrases à l’emporte-pièce sur l’importance du collectif, etc.), mais on pardonne à ce premier volet qui se doit de poser les jalons d’une suite. Celle-ci ne saurait d’ailleurs tarder tant le récit du premier opus reste inachevé. On retrouvera donc bien vite nos lascars pour de nouvelles aventures galactiques. On les reverra avec ce plaisir enfantin et, assumons-le, carrément régressif, qu’il est toujours bon de savourer pendant les vacances.

Alice Letoulat

Film en salles depuis le 13 août 2014.

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Publié dans Août 2014, À L'AFFICHE

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