Young Ones, de Jake Paltrow

Note : 3/5 

Décidément cet été 2014 aura été marqué par de nombreux premiers longs métrages, dont beaucoup se sont fait remarquer par leur qualité. Des Chevaux et des Hommes, Shapito Show, et Mister Babadook sont autant de ces premières œuvres qui ont ravi La Nuit du Blogueur. De son côté Jake Paltrow ne déroge pas à la règle et signe, avec Young Ones, un film plein et prometteur.

© Potemkine Films

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Dans un futur proche où l’eau se fait rare, l’humanité lutte violemment pour sa survie, à l’agonie sans le précieux sésame qui apaise de la chaleur. Commerçant rongé par l’alcool, Ernest Holm (Michael Shannon) veille sur son fils, Jerome (Kodi Smit-McPhee), et sa fille, Mary (Elle Fanning). Flem Lever (Nicholas Hoult), jeune homme des environs, viendra vite bousculer le quotidien de cette famille fragile, vacillante, mais tenant toujours debout malgré l’adversité, en convoitant les terres, mais aussi la fille d’Ernest.

D’abord film d’anticipation, Young Ones trouve dans la radiation lumineuse constante d’un territoire victime d’une sécheresse sans fin l’inspiration qui l’amène vers sa forme hybride. Si cette histoire aurait pu prendre place dans un désert américain de la conquête de l’ouest, le talent de Jake Paltrow consiste à en faire une œuvre aux genres multiples (parfois en s’y cassant les dents), aux accents shakespearien, de film post-apocalyptique survival, de science-fiction ou encore de grande fresque initiatrice. En trois actes, qui correspondent à autant de regards différents vis-à-vis du récit, Paltrow essaye d’explorer toutes les facettes et ramifications différentes qui font de Young Ones une étude sur la manière dont l’âme humaine se débat avec ses penchants les plus violents face à l’adversité.

Ces trois regards, ce sont ceux des trois personnages masculins principaux du film, Ernest, Flem et Jerome. Chacun d’entre eux, au milieu d’un récit incroyablement bien ficelé dans lequel chaque détail a son importance, représente une facette de cette humanité malade. Ernest (joué parfaitement, comme d’habitude, par Michael Shannon) est le représentant d’une virilité vieillissante, violente, mais moralement juste et stable, tandis que Flem est le personnage des coups bas et à l’intelligence plutôt malfaisante. Pour finir, Jerome est le jeune homme dont le film constitue l’apprentissage, le passage de l’enfance vers l’âge adulte.

Si ces trois hommes campent plutôt bien les rapports de force qui constituent les nœuds dramatiques de Young Ones, on ne peut que déplorer la platitude du personnage de Mary, qui devient vite la caricature de la jeune fille chargée des tâches ménagères se rebellant un peu, mais pas assez (ou pas assez bien, car s’affichant vite comme ‘’droguée’’, et donc irrationnelle, par la présence de Flem dans sa vie).

© Potemkine Films

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Du Western, Jake Paltrow a donc pris le meilleur (des personnages masculins charismatiques, forts, une retranscription crédible de la violence des rapports conflictuels …), mais aussi son défaut de ne pas avoir de personnage féminin fort. Esthétiquement aussi, le film fait la part belle aux codes du grand genre américain. Mais plus que Hawks ou Ford, c’est Leone et Corbucci qui influencent le style de Jake Platrow qui n’a de cesse de travailler allègrement gros plans, zoom esthètes, et effusions de sang rouge vermeil. Sans parler bien sur du système scénaristique en trois actes dont la règle faisait office de profession de foi dans les grands classiques du genre. Malgré toutes ses références, Paltrow réussit à trouver son style sans tomber dans le film accumulant les références sans inventivité.

Ce style, c’est celui de l’anticipation futuriste. Sans jamais tomber dans l’accumulation outrancière de détails sur la vie du futur, c’est avec une grande intelligence que le jeune réalisateur introduit la technologie et les fils scénaristiques et esthétiques qu’induit son utilisation par les personnages principaux. Une machine sera utilisée avec finesse, celle qu’utilisera Ernest pour transporter sa marchandise avec son fils après la mort de l’âne. Tout en évitant l’écueil de l’intelligence artificielle, Paltrow imagine celle-ci comme un quadrupède docile qui deviendra un personnage essentiel du récit, peut-être même celui qui permettra et provoquera toute l’intrigue de ce dernier. C’est d’ailleurs la séquence de Jerome découvrant tout ce que cette machine est capable de faire qui constitue le sommet émotionnel du film, et met en valeur la dimension initiatique du récit.

© Potemkine Films

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Avec Young Ones, Jake Paltrow signe un beau premier film, parfois un peu pataud (notamment dans son utilisation outrancière du son), mais souvent émouvant et étonnant, rappelant, de manière assez juste (et c’est l’apanage des bons films d’anticipation), la situation dramatique vers laquelle se dirige notre civilisation si elle ne prend pas conscience de ses excès. Un film à voir et un réalisateur à suivre, assurément.

Simon Bracquemart

Film en salles depuis le 6 août 2014.

 
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Publié dans Août 2014, À L'AFFICHE

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