Maestro, de Léa Fazer

Note : 4/5

Ne vous fiez pas à l’affiche molle et indifférente du film où les acteurs principaux Michael Lonsdale et Pio Marmai sont platement collés sur un fond jaune uni pour signifier un film un peu auteur mais indé-cool. Heureusement, le film en est loin.

Maestro raconte la rencontre entre Eric Rohmer et Jocelyn Quivrin au tout début de sa carrière d’acteur. Ce film rend hommage à chacun d’eux car ils nous ont quitté ensemble il y a quatre ans. Dans cette adaptation de leur rencontre, Jocelyn se nomme Henri et Eric Rohmer, Cédric Rovère. Henri est un jeune comédien au CV pathétique qui, sans trop savoir comment, intègre le casting du dernier film d’un monument du cinéma d’auteur. Henri rêve du cinéma blockbuster avec assistant et limousine, et il se retrouve dans la campagne du centre de la France pour tourner une adaptation de l’Astrée, un roman pastoral du XVIIème siècle.

L’humour qui se dégage de cette situation permet de rejeter tout le pathos du film hommage. Ainsi, sans projeter en permanence l’image de Rohmer et de Quivrin sur les comédiens, nous acceptons le récit comme une fiction. On adhère alors à l’histoire d’Henri qui entre doucement dans un univers totalement étranger au sien. Petit à petit il oublie ses fantasmes hollywoodiens et se laisse pénétrer par la sérénité du metteur en scène, la beauté des décors, et des comédiennes…

Maestro

C’est un film très doux qui s’offre aux spectateurs dès le démarrage du tournage des Amours d’Astrée et de Céladon. Comme Henri, nous nous laissons prendre par la poésie du cadre et des postures évanescentes. Le chef opérateur Lucas Leconte produit alors des images magnifiques, fidèles à l’esthétique du film de Rohmer, où les comédiens prennent la pose dans la lumière rose des débuts de l’automne ; des scènes aux nombreuses références picturales de l’époque du roman.

Comme Henri, nous rions aussi du tournage bricolé où les techniciens cumulent les postes, où les accessoires fonctionnent grâce à des bouts de ficelles et où les figurants sont recyclés à coup de perruques et autres postiches. La réalisatrice nous ouvre ainsi les portes d’un cinéma de passionnés où les problèmes financiers provoquent des regains de créativité et de solidarité au sein de l’équipe. Des conditions de production fidèles à celles du cinéaste, membre fondateur de la Nouvelle Vague adepte des tournages en comité réduit et au plan de travail flexible et extensible, bien loin des normes actuelles où la productivité prend souvent le pas sur la réflexion artistique.

Maestro 2

Un film sensible et sincère où se côtoie l’humour et la mélancolie pour une époque baignée de poésie et d’humanité.

Marianne Knecht

Film en salles depuis le 23 juillet 2014.

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Publié dans À L'AFFICHE, Juillet 2014

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