We are the best !, de Lukas Moodysson

Note: 3,5/5 

Le Suédois Lukas Moodysson a toujours eu l’habitude de travailler sur la jeunesse (son premier film, Fucking Amal), le lien qui l’unit à la famille (Mammoth) et/ou les communautés (Together). Un travail sur une certaine forme de marginalité qui revient sur les écrans (sélectionné dans la catégorie Horizons du Festival de Venise 2013) avec un teen movie sur l’histoire de trois jeunes collégiennes tout juste âgées de 13 ans qui décident de créer un groupe de Punk et d’en adopter le mode de vie, de devenir un symbole de contre-culture enfantin. 

© MK2 Diffusion

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Conte d’une enfance punk à fleur de peau

Voilà donc une chronique adolescente féminine qui a lieu pendant les années 80, à travers deux filles : la rebelle à crête Klara, au caractère fort et exposé (l’archétype de la chanteuse) et la petite Bobo, qui se pose beaucoup de questions et qui manque de confiance en elle, mais au tempérament battant (donc l’archétype de la batteuse). Elles ne fréquentent personne d’autre et se voient rejetées par leurs camarades de classe avec qui elles ne partagent aucun point commun. Fanatiques de punk, elles décident de créer un groupe, mais n’ont aucune expérience de la musique, ce qui se révèle problématique… 

Elles font la rencontre, durant le spectacle de fin d’année du collège, d’une guitariste de talent : Hedvig. C’est la chrétienne « sainte nitouche » de l’école, qui a un vrai don pour la guitare, et qui se fait vite endoctriner dans la punk attitude par les deux amies, devenant par ailleurs le coeur musical du groupe. Et nous voici vite entraînés de compassion et d’entrain dans leurs folles aventures utopiques : celles de prouver que le « Punk is not dead ».

Et si les Pussy Riot avaient montés leur groupe en cinquième ?

La force du film réside dans son énergie folle, dans sa rythmique hyper-appuyée, qui ne laisse aucun moment de blanc. Une vitalité que l’on retrouve à la fois dans l’histoire, entre bêtises d’enfants, péripéties amoureuses, conflit avec le monde adulte et religieux, jalousie et rigolades, mais également dans le cadre filmique, caractérisé par de nombreux panoramiques très rapides, et par de nombreux zooms vers les personnages et leurs actions. C’est parfois un peu brouillon et maladroit, mais n’est-ce pas là la première caractéristique de la musique Punk ? Léger et nostalgique, Moodysson centre son sujet autour d’un message : celui d’une jeunesse qui va au bout de ses rêves. Fuck off !

Cette même légèreté nostalgique permet de faire vivre le trio original, l’autre point positif du film, celui du jeu des actrices. Retrouver l’innocence de l’enfance et la mêler à une culture réac, où l’on parle du nouvel EP « Häng Gud » (Fuck God) du groupe suédois punk Ebba Grön comme on parlerait, au même âge, de l’obtention d’une carte Pokémon, n’est pas un enjeu facile. Pourtant, ces trois actrices en herbe pourraient nous faire croire à une réelle passion pour le milieu tant leur investissement dans leurs personnages et les liens qui les rassemblent semblent vrais. Lorsqu’on les voit, du haut de leur 13 ans, se moquer des paroles « Fuck Brejnev & Reagan » d’un groupe similaire en rétorquant que ce n’est plus d’actualité parce qu’ils sont morts, le film séduit.

Cependant, Moodysson tend à trop s’avancer vers un stéréotype que l’on peut se faire du monde de la culture Punk. L’intention est d’en donner aux spectateurs une définition ; problème : celle-ci est parfois un poil excessive lorsqu’elle vient d’un groupe d’enfants. On répète, encore une fois, cette fameuse phrase « Punk is not dead » ; une seule fois pourrait pourtant suffire à faire passer le message. L’appui est donc un peu lourd, redondant, et pose par moment un problème de crédibilité sur le discours entretenu par le trio. 

Mais c’est tout là l’exercice difficile que d’aborder la « tendre » enfance, de la confronter au monde adulte, et d’y rajouter une culture que l’on assimile à la fin de l’adolescence plutôt qu’à l’enfance. La confrontation comique entre l’âge adulte et cette revendication contre-culture par les enfants, elle, est très bien maîtrisée et pourrait presque combler les petites maladresses du film. 

© MK2 Diffusion

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Outre les quelques défauts qui surgissent à la surface, Moodysson réussit avec un teen movie relativement classique (première ivresse, premier amour, et la fameuse quête d’identité) son pari : celui de nous faire retrouver le charme d’une certaine nostalgie, une enfance toujours prête à s’accrocher à ses rêves. Un film charmant.

Thomas Olland

Film en salles depuis le 4 juin 2014

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Publié dans À L'AFFICHE, Juin 2014

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