Is the man who is tall happy ?, de Michel Gondry

Note : 3/5 

Is the Man Who is Tall Happy ? est le film résultant de la rencontre entre le réalisateur Michel Gondry et le philosophe Noam Chomsky. Un entretien qui présente d’un côté Michel Gondry, le cinéaste bricoleur, et de l’autre l’un des intellectuels phares du XXème siècle : Noam Chomsky, fondateur de la linguistique générative, ensemble de théories défendant l’idée que l’homme possède la capacité génétique pour analyser et structurer le langage. Résultat de cette rencontre ? Une interview sonore d’une heure trente couverte par une animation dynamique à la forme brut dessinée par Gondry lui-même.

© Droits réservés

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Dans cette œuvre à petit budget réalisée par Gondry à lui seul (du moins dans la direction de la conversation et dans l’animation), l’auteur se place dès l’ouverture comme un spectateur lambda qui aurait l’occasion de pouvoir refaire le monde autour d’une discussion avec l’un des intellectuels de son temps, conversation portée par une animation ultra-colorée et diversifiée selon les thèmes abordés. L’enjeu du film est donc simple : comment montrer cette conversation (donc la forme) et comment la diriger (donc le fond) ?

Il y a, durant la totalité du film, un aspect film-exercice : Chomsky pour les nuls. Ce qui le différencie d’une simple leçon ou d’un simple exercice filmique, et qui lui donne dès lors un véritable intérêt narratif, c’est la prise de position du cinéaste : Chomsky pour les nuls, expliqué par un nul en quête d’apprentissage.

Pour y parvenir, Gondry s’incorpore au récit : il affiche son stress à l’idée de s’entretenir avec le philosophe, il pose parfois son ignorance et sa non-compréhension des propos tenus par Chomsky et traduit ce qu’il parvient à comprendre (ou non) des théories émises dans des dessins expérimentaux mais avant tout explicatifs. L’animation, donc, est destinée à la fois à illustrer le propos et à le faire bien comprendre.

Ce procédé donne au film toute son âme et parvient à le rendre intéressant sur bien des points : l’animation, dont le style se rapprocherait de l’art brut, est à la la fois spatiale et expérimentale, proche du dessin animé pour enfant L’Alinéa où le coup de crayon du dessinateur était volontairement visible, et proche aussi de la fluidité et de l’aspect  »pellicule de cinéma » que l’on voyait dans The Alphabet, l’un des premiers courts-métrages de David Lynch. Tout cela parvient à rendre l’entretien vivant et dynamique, en partie grâce à la fluidité des images qui se mêlent parfaitement au discours.

Certaines situations comiques viennent également ponctuer la rythmique du film et lui apportent une certaine légèreté. Ainsi, Gondry s’adresse parfois directement au spectateur :  « comme vous pouvez le voir, je me suis senti stupide ici ».

Si ce processus expérimental de mélange entre animation et philosophie fonctionne sur l’ensemble du film, il faut cependant noter la redondance de Gondry. Nombreux sont les moments où le metteur en scène parle à la première personne, se met en avant à travers un comportement narcissique et égocentrique. Le temps de parole que celui-ci s’accorde est excessif. La défense de sa personnalité et de son intimité face à son conjoint perturbe le processus établi. On décèle là un défaut similaire à son œuvre précédente, L’Écume des jours : celui de parfois trop étaler son ego, et ainsi d’apporter de la lourdeur là où il n’en faudrait pas, car finalement, on ne sait plus par moments à qui le film donne la parole – Chomsky… ou Gondry ?

Outre cette égocentrisme, le film parvient à dresser le portrait de Chomsky et à présenter ses propos de façon habile et innovante. On y retrouve son enfance, le prix qu’il a payé pour son militantisme lors de la Guerre du Vietnam, sa prise de position sur les conditions de vie des détenus au cours de la Seconde Guerre mondiale, certaines de ses théories sur le langage, son côté anarchiste, sa vie amoureuse et l’éducation libre de ses enfants dans une société complexe.
Pour finir, un conseil : ne (surtout) pas se fier à la traduction française du titre, Conversation animée avec Noam Chomsky, qui le dénature complètement. Chomsky soutient en effet que tout homme va naturellement et de lui-même changer la structure d’une phrase selon son intention, même s’il n’a jamais appris les règles du langage. Ainsi, un humain qui dit, en anglais, « The tall man is happy », peut transformer, de lui-même, la structure de la phrase s’il s’agit d’une question (« Is the man who is tall is happy ? »). Une démonstration linguistique que le titre français a renoncé à traduire…

© Droits réservés

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Drôle, séduisant, Is the Man Who is Stall Happy ? est avant tout un film léger sur le monde et la pensée chomskienne. A voir, donc !

Thomas Olland

Film en salle le 30 avril 2014.

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Publié dans Avril 2014, À L'AFFICHE

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