Computer Chess, d’Andrew Bujalski

Note : 3/5 

Premier film diffusé en France du réalisateur underground américain, Computer Chess constitue un acte cinématographique déroutant et détonnant qui ne peut réellement laisser indifférent un spectateur qui sera forcément sidéré par son audace plastique et formelle.

© Kino Lorber

© Kino Lorber

Au début des années 80, une joyeuse bande de geeks programmeurs se retrouvent lors d’un week-end dans un hôtel pour mettre en opposition leurs logiciels d’échecs dans des parties étonnantes, dans lesquelles l’Homme est à la merci des mouvements de pions que choisit de jouer la machine.

Filmé avec une vieille caméra numérique à tube, le film est d’abord et avant tout un essai filmique rétro qui n’est pas sans rappeler les vieilles images noir et blanc de la télévision des années 70-80. Le format télévisuel est d’ailleurs le premier vers lequel se tourne le réalisateur qui commence son film comme un documentaire de l’époque sur ce concours un peu étrange qui oppose entre elles les machines. 

Mais plus qu’un traité formel fort, Computer Chess se déploie petit à petit comme un vrai film burlesque qui compile assez judicieusement plusieurs strates comiques et absurdes qui lui donnent son charme. Elles sont la qualité mais aussi le défaut majeur du film : faux rythme qui perd souvent l’attention d’un spectateur qui n’est malheureusement pas entraîné tout du long par des sketchs geeks malgré tout assez souvent drôles, mais surtout complètement décalés.

Car il y a dans Computer Chess autant d’histoires que de personnalités différentes. Véritable panel de geeks enfermés dans leur bulle spatio-temporelle (l’hôtel isolé durant ce week-end de compétition), les personnages tissent eux-mêmes leur propre récit. Ici Michael Papageorge qui cherche désespérément une chambre, là Peter qui ne peut dormir car son ordinateur fait des siennes, à côté des discussions pseudo philosophiques aberrantes des voisins entre eux. L’intérêt de Computer Chess est sa propension à mettre en place ce véritable petit théâtre à sketchs qui réussissent allègrement à se répondre.

Il est intéressant de voir d’ailleurs que très vite cette myriade de personnages s’apparente à des fantômes et que l’hôtel se déploie presque comme un plateau d’échecs sur lequel chaque personnage tente de trouver sa place et use de sa tactique personnelle pour s’affirmer : le dialogue, la feinte, la menace, l’ironie… De ce méli-mélo parfois un peu indigeste, Bujalski arrive à extirper quelques personnalités qui, chacune, correspondent intelligemment à une tactique de jeu différente : Papageorge est un offensif qui n’a pas vraiment de manière, Peter est le jeune enfermé sur lui-même et constamment sur la position défensive…

© Rapid Eye Movies

© Rapid Eye Movies

Si tous ces personnages constituent des figures fantomatiques, c’est que l’autre point de vue adopté par le réalisateur est celui des machines, des ordinateurs. Ainsi celui de Peter s’avérera être doué d’intelligence et bien têtu pour un simple programme d’échec. Et là est peut-être le sujet sous-jacent de tout le film. Alors que les machines s’affrontent dans un jeu guerrier et tactique (les échecs), les hommes, qui ne font que faire et qu’interpréter ce que celles-ci leurs disent, ne sont-ils pas finalement leurs pions, noirs ou blancs, comme semble l’indiquer le choix de la couleur de l’image du film ? On peut se permettre de regretter que cet aspect du film n’ait pas été plus développé par le jeune réalisateur américain. Qui, des hommes ou des machines, est le véritable maître des mouvements et des actions de l’autre ? Voilà une question qu’on aurait aimé voir plus développée.

Simon Bracquemart

Film en salles depuis le 09 avril 2014.

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Publié dans Avril 2014, À L'AFFICHE

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