The Canyons, de Paul Schrader

Note : 1/5 

The Canyons… humm, comment dire ? Tentons une comparaison simple et efficace. Pour ceux qui seraient familiers du programme à purge diffusé sur NRJ12 Hollywood Girls, The Canyons pourrait en être sa version longue et érotique. Il s’agit ici de faire l’état des lieux d’un désastre aux faux airs arty, d’une catastrophe amplifiée d’une certaine prétention sortie de ses « acteurs », de son « réalisateur » mais surtout de son « scénariste ». Les guillemets sont de circonstance tant le sujet (la déshumanisation de la métropole de Los Angeles, la perte d’âme d’Hollywood et le rejet de toute forme de culture) permettait un traitement intéressant.

© Recidive

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Et pourtant, tout commence très bien. On peut même concéder que le générique d’ouverture est le meilleur moment du film. Une succession de plans fixes et froids sur une belle quantité de cinémas désaffectés, en ruines, dépecés ou à moitié détruits de la métropole californienne. Des sièges d’un rouge pâle font face au silence âpre de l’abandon citadin. Sacré paradoxe pour la cité du cinéma américain. On se permet ainsi d’espérer une critique acerbe et acide des conséquences de cette désertion en apercevant les noms de Paul Schrader et de Bret Easton Ellis à l’écran. Le premier, même s’il a toujours été meilleur scénariste (Taxi Driver) que réalisateur (American Gigolo), connaît assez bien la ville et ses dérives pour pouvoir en parler. Le deuxième, écrivain à succès et nihiliste parmi les nihilistes, a dépeint à plusieurs reprises la misère intellectuelle d’une jeunesse pourrie par le fric et les drogues. Bref, en trois mots, ça sentait bon !

Arrivons donc à l’histoire : un couple et ses électrons dans un récit de débauche et de tromperie. Tout le monde est cocu dans The Canyons, et personne n’aime ça. On va des uns aux autres en suivant l’intrigue du copain jaloux (James Deen qui croit que jouer c’est faire des grimaces) à la copine à l’ouest (Lindsay Lohan qu’on a envie de consoler avec du papier de verre) en passant par l’amant et la maîtresse. L’histoire est éculée, le scénario additionne les rebondissements sous forme de pétards mouillés, les dialogues sont d’un didactisme ahurissant. Ellis cherche à coup sûr un maniérisme post-moderniste où la parole ne voudrait plus rien dire et où l’intrigue serait anéantie par le sur-place de ses personnages. En pensant, qui plus est, lancer une mode qui est presque passée à la postérité, le scénariste en herbe ne réussit aucun de ses objectifs et livre une écriture lourde et banale, pleine de vides et de longueurs maladroites. Une sorte de contrefaçon amateuriste de son oeuvre littéraire.

De l’autre côté, Paul Schrader n’est pas en reste. Il choisit une esthétique froide et numérique qui, au lieu de donner du cachet à son propos, rend son film d’une profonde laideur. On y constate une volonté de pseudo-auteur mettant en avant le peu de moyens comme si c’était la condition sine qua non d’une oeuvre forcément réussie. Il lui arrive néanmoins d’accéder à une adéquation fond/forme dans quelques plans trop isolés, comme cette séquence où Lindsay Lohan et James Deen méfiants l’un de l’autre s’analysent au beau milieu d’une immense terrasse blanche et vide perdue dans les collines asséchées d’Hollywood. Oui, nous tenons quelque chose. Mais comme si on en demandait trop, le retour de bâton ne se fait pas prier et Schrader parsème un peu partout des ambitions de spin-off de Mulholland Drive très malvenues, voire embarrassantes. Allons-y dans les travellings très ralentis sur des rideaux rouges ou des murs décrépis, allons-y dans les intérieurs secs et sans vie où les troubles de l’inconscient rôdent (ils ont failli nous avoir). Car, évidemment, non content de manipuler son entourage à son bon vouloir (et d’une facilité relativement impossible) le personnage de James Deen va voir un psy pour parler de son papa friqué et méchant. Ah oui, et qui mieux que Gus Van Sant pour jouer le fameux thérapeute ?

Mais qu’en est-il finalement des cinémas vides du générique de début ? Le message ne passait pas très bien selon Schrader et Ellis, alors on montre des portables, des ordinateurs, des tablettes, des télés. On contemple des yeux fascinés par la lumière des petits écrans, car, nous dit-on, le grand ce n’est pas bien grave si on n’y va pas. On entend presque l’auteur chuchoter au scandale dans notre oreille.

© AD PR

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La contradiction est bien là : le propos, cohérent, aurait mérité une description plus minutieuse et moins réactionnaire pour atteindre une véritable crédibilité. Au lieu de ça, on nous donne une version augmentée de télé-réalité bas de gamme qui se voudrait intellectuelle. Pire, le film fantasme un cerveau en se mangeant l’estomac. C’en devient pratiquement fascinant.

Larry Gopnik

Film en salles depuis le 19 mars 2014.

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Publié dans À L'AFFICHE, Mars 2014

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