The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson

Note : 5/5 

Que ceux qui ont peur du kitsch et de l’exagération se rassurent, The Grand Budapest Hotel ne tombe ni dans l’un ni dans l’autre. Wes Anderson nous démontre une fois de plus son talent de réalisateur en maîtrisant à la perfection les multiples aspects et instruments de son film.

Fidèle à lui même, Wes Anderson situe l’histoire de Zéro, l’apprenti lobby boy devenu propriétaire du Grand Budapest Hotel, dans un cadre extraordinaire. Entre la déco pop des sixties et le clinquant du luxe des années 30, le réalisateur s’en donne à cœur joie pour peaufiner les décors somptueux dans les moindres détails. Rien n’est laissé au hasard, tout est précision et perfectionnement. Voilà certainement le mot d’ordre de ce réalisateur de génie. Les décors sont donc riches d’allure, de détails, de couleurs, de clins d’oeil discrets et savoureux, et forment le support inébranlable du déroulement des actions. Car ils jouent aussi de décors, les costumes s’associent à cette justesse et à l’inventivité, proposant des pièces exceptionnelles parfaitement conçues pour chaque personnage.

© Twentieth Century Fox France

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Et parlons-en de ces personnages ! Une fois de plus délicieux… Ils sont multiples autour de Zéro et Mr Gustave, et chacun bénéficie d’une structure et d’un développement particuliers. Si certaines apparitions sont très courts dans le récit, toutes existent pleinement car merveilleusement animées par leur costume, coiffure, maquillage, et par l’acteur qui les porte à l’écran. Nombreux sont les petits rôles interprétés par des monuments du septième art. Anderson y place toute sa famille de cinéma sans hiérarchisation des cachets. Le trombinoscope qui fait office d’affiche en présente les portraits : Bill Murray, Tilda Swinton, Adrien Brody, Jason Schwartzman, Owen Wilson, Willem Dafoe, Mathieu Amalric… 

Wes Anderson a toujours exprimé son goût pour les films aux personnages multiples. Même lorsqu’il traite l’histoire de deux individus précis comme dans son précédent film Moonrise Kingdom ou ici, il construit un univers narratif très riche concrétisé par une flopée de comédiens pour croiser le destin des protagonistes. Dans The Grand Budapest Hotel, cette habitude assumée est encore plus significative car il s’agit alors de couvrir l’histoire de Zéro et de l’hôtel à travers deux périodes, chacune ayant ses personnages propres. Mais aussi de nourrir le cadre historique des péripéties des protagonistes principaux. Même si le pays de Zubrowka où se situe le récit est fictif, il s’inscrit dans une vraisemblance historique. Wes Anderson place ce pays dans l’Europe de l’Est et y conte alors les guerres et la montée du fascisme en Europe. Si ce récit périphérique a souvent peu d’accroche sur les personnages dont l’annonce du décès de leur amie Madame D. rend futile celle de l’entrée en guerre de leur pays, les personnages représentant cette Histoire européenne infiltrent le film jusqu’à occuper pleinement et radicalement le Grand Budapest Hotel. Ces multiples personnages et leur récit s’additionnent  aux autres matières artistiques constituant la base du film. 

© Twentieth Century Fox France

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Dans cette base extrêmement riche, Wes Anderson sculpte sa mise en scène et la magie opère. En 16/9 ou 4/3, il construit ses cadres avec une précision stupéfiante. Une fois de plus, rien n’est laissé au hasard ! Chaque plan est construit dans un objectif dramatique et comique net. Les comédiens y vivent en harmonie et au service du récit. Tout se mêle dans ces images pour provoquer un feu d’artifice cinématographique. On assiste à du cinéma orchestré par une main de maître. Il régie son univers magistralement et s’aventure avec ce film jusqu’aux frontières de l’excès mais le spectateur n’a pas le temps de voir le risque s’approcher que Wes Anderson a contourné le danger et poursuit dans l’excellence. Je ne sais que regretter dans ce film, j’imagine que l’humour d’Anderson ne touche peut-être pas tout le monde mais on ne peut objectivement pas déprécier ce film. Il est la quintessence du style du réalisateur dont les œuvres précédentes nous réjouissaient déjà tellement. Par la maîtrise totale de son univers et de son art, il rejoint ici les auteurs encensés du cinéma tels qu’Alfred Hitchcock. 

Alors qu’on s’effrayait de voir la mise en scène de Wes Anderson atteindre ses limites, nous prenons conscience des magnifiques sommets qui lui tendent les bras et exultons en imaginant la route encore longue qui s’ouvre devant lui. 

Marianne Knecht

Film en salles depuis le 26 février 

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Publié dans À L'AFFICHE, Février 2014

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