American Bluff, de David O. Russell

Note: 4/5

A la vue d’une peinture de Rembrandt, la problématique uniforme qui fonde le film est posée : «Qui est le meilleur : le maître, ou le faussaire ?».

 © Francois Duhamel, Columbia Pictures

© Francois Duhamel, Columbia Pictures

La polyvalence cinématographique pourrait être la définition du cinéma de David O. Russell. Après Les Rois du désert, film de guerre couronné par une relation fructueuse entre le réalisateur et Georges Clooney ; Fighter, biopic sur le boxeur Micky Ward où naît la première collaboration avec Christian Bale et Amy Adams ; et Happiness Therapy, comédie sur la thérapie amoureuse où il travaille avec Jennifer Lawrence et Bradley Cooper, David O.Russell réitère ces unions pour donner vie à American Bluff.

Dix nominations aux Oscars, une pour les Berlinales, ainsi que le prix de la meilleure comédie de l’année, la meilleure actrice à Amy Adams et le meilleur second rôle à Jennifer Lawrence aux Golden Globes tendent à pointer du doigt la dualité (im)posée : refus du pastiche scorsesien pour les affres mélo d’un triangle amoureux ; arnaque scorsesienne contre arnaque russellienne. Le duel peut commencer !

Le film nous présente dès son ouverture le ton satyrique et comique sur lequel il est construit, à travers l’introduction de son trio : Christian Bale se collant les cheveux qui lui manquent face à un miroir, le personnage rival de Bradley Cooper qui joue la carte de l’humiliation et l’érotique Amy Adams, source de conflit entre les deux hommes. Les structures sont posées, et nous permettent de plonger dans la fabuleuse histoire du maître faussaire.

Irving Roselfield, personnage brillant dans l’activité qu’il exerce, celle de l’escroquerie, et époux de Rosalyn, alcoolique névrosée maître de la manipulation émotionnelle, rencontre lors d’une journée festive Sydney Prosser, femme imposante et rationnelle travaillant en tant que secrétaire dans un magazine de mode.

Leur passion commune pour Duke Ellington introduit un amour cousu et construit qui se confirme au moment où celle-ci accepte de devenir son associée dans le monde de l’arnaque. Jusqu’au jour où l’une de leur combine est découverte par un agent du FBI, Richie DiMaso, qui leur propose de les relâcher en échange d’une opération visant à faire tomber des politiciens corrompus dont le plus important est le maire Carmine Polito, figure du politique humble et généreux.

 © Tobis Film

© Tobis Film

David O.Russell construit son film par une narration ingénieuse. D’une part, la dynamique omniprésente des séquences, où les perturbations régulières des protagonistes sont traitées par des travellings avants, forts, courts et vifs, comparables à des coups de fouet, en s’avançant brièvement vers les visages. Le mécanisme de l’action-réaction est toujours rapide, et permet de se synchroniser avec justesse sur le ton du récit, celui du sarcasme, dans un monde où il est difficile de distinguer le vrai du faux, l’oeuvre d’art ou la copie, l’amour ou la tromperie.

D’autre part, la force récurrente de David O.Russell, et donc de son film, réside dans l’univers qu’il crée et par la façon dont il unit les personnages à l’intérieur l’univers d’un New Jersey faussement aristocrate, l’aspect rétro 70 des costumes et des décors, la bande-son rock mélangeant diverses tonalités : celle de Dany Elfman, collée à celles d’Elton John, d’America, de Queen, de Paul MacCartney (séquence incroyable de playback par Jennifer Lawrence sur Live and let die où la danse joue sur l’émotion, l’hystérie totale du personnage, alors que son mari subit les foudres de son complot, à la manière des chorégraphies explosives et sensitives de Spike Jonze). L’universalité, le mélange des tons dramatiques et musicaux, ici entremêlés avec une certaine facilité, témoigne d’une grande maîtrise acquise par le metteur en scène tant l’univers est large, et les personnages nombreux.

Cette maîtrise se reconnaît surtout par la manière dont David O.Russell tisse des liens mouvants entre les personnages, la manière dont il fait d’un trio de personnages l’essence de la réussite de son film, le triangle Russell.

Dans Flirter avec les embrouilles, c’est une jeune conseillère matrimoniale qui vient mettre la pagaille dans un couple. Dans le récent Happiness Therapy, Bradley Cooper est partagé sentimentalement entre deux femmes et face à un conflit familial (la famille, récurrente dans sa filmographie, intervient toujours dans la dramaturgie de l’histoire). Ici, Irving et son amante voient leur relation entravée par l’agent du FBI DiMaso qui va tout faire pour la séduire. Un trio amoureux déchiré et conflictuel bien construit en soi, remué par tous les personnages secondaires : l’hystérique femme d’Irving qui s’introduit dans sa vie privée par tous les moyens possibles (encore une fois jouée à merveille par Jennifer Lawrence), son fils Danny, le maire Carmine qu’ils tentent de duper et pour qui Irving commence pourtant à ressentir une grande amitié, les mafieux, figures d’un certain danger…

 © Tobis Film

© Tobis Film

Le mélange des tons, les relations hyper stylisées des personnages dotés d’une forte caractérisation, un dynamisme certain du récit, un casting fort, l’aspect eighties, confirment encore une fois la force de la mise en scène chez Russell.

Thomas Olland
Film en salles depuis le 05 février 2014

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Publié dans À L'AFFICHE, Février 2014
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