2 automnes 3 hivers, de Sébastien Betbeder

Note : 2/5

Le film raconte en une quarantaine de chapitres très courts les péripéties d’Arman et Benjamin, deux amis trentenaires. Arman (Vincent Macaigne) est célibataire et un peu paumé professionnellement. Benjamin (Bastien Bouillon) est son ami depuis leurs études aux Beaux Arts de Bordeaux il y a dix ans. Arman rencontre Amélie (Maud Wyler), ils tombent amoureux alors que Benjamin tombe malade, Benjamin guérit et tombe cette fois-ci amoureux lui aussi, etc.

UFO Distribution

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L’histoire en soit importe peu, les saynètes se suivent avec dynamisme et quelques brins d’humour. Ces éléments promettaient un petit film « tranche de vie » sympathique et contemporain mais malheureusement ils sont vite gâchés, dans un premier temps, par un ego bobo parisien (celui du réalisateur ?). 

Les protagonistes deviennent rapidement les symboles des cinéphiles bobos. Ils vont au mk2 Beaubourg, roulent en vélo chiné parce que Emmaüs « c’est trop frais ! », ils sortent dans des bars branchés même quand c’est pour déprimer. Si on les voit se balader dans une rue c’est forcément rue Champollion, ils aiment obligatoirement Bresson et en décorent leur appart, Benjamin réalise des films expérimentaux et les personnages se sont rencontrés aux Beaux Arts… Bref, à vouloir rendre ses personnages cools, Sébastien Betbeder les a juste rendu pompeux et attendus. En conséquence, nous perdons l’identification aux personnages que nous avions rapidement obtenue par l’utilisation de la voix off très présente. 

Chanceux est le metteur en scène qui sait choisir ses comédiens. Vincent Macaigne relève le niveau en évitant de chuter dans la caricature que lui tend le réalisateur. Il faut dire qu’il a l’habitude de jouer l’équilibriste sur ce genre de personnage ; son physique se prête parfaitement à ces rôles de trentenaire un peu paumé et attachant. Une fois de plus Vincent Macaigne est génial et sauve ici le film. Car il est temps d’aborder le second problème du film : Sébastien Betbeder ne sait pas quelle image il veut. 

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Le film commence avec plusieurs plans tournés en pellicule super 16 mm en format 4/3, puis se glisse sans la moindre grâce une image numérique très définie. On retourne ensuite à du super 16, puis numérique… A la deuxième saynète, le numérique a pris le dessus mais le super 16 continue de faire des apparitions très courtes sur toute la durée du film sous la forme d’un ou deux plans. Aucune logique semble régir ces basculements d’images pour le moins radicaux. L’image super 16 est très marquée par la qualité physique de la pellicule. On ressent les impuretés chimiques et le grain accentué de l’image. A l’inverse, l’image numérique choisie par le réalisateur est très lisse et léchée. Elle est très nette et plus exposée à la lumière. Heureusement, Sébastien Betbeder a conservé le format 4/3 pour l’image numérique. 

Certains épisodes se démarquent encore davantage du reste du film d’un point de vue de l’image mais également de la mise en scène. Comme je l’ai dit précédemment, les voix off sont très utilisées sur toute la durée du film. Les personnages prennent la parole tour à tour et nourrissent une proximité avec le spectateur en lui livrant leurs émotions à la première personne. 

Mais Sébastien Betbeder a mis en place des scènes où le comédien, placé face caméra, parle au spectateur dans la continuité de sa propre voix off. Ces scènes sont tournées en studio, des images d’ambiance sont incrustées derrière le comédien. Celui-ci est habillé, coiffé et maquillé différemment que le personnage qu’il interprète. Le comédien est extrêmement éclairé par des sources multiples et dispersées qui le détachent complètement de l’image placée derrière lui et renforcent le sentiment d’une image plate, trop lisse et trop nette. L’apparition de ces épisodes est une nouvelle attaque à destination de nos yeux et fait pleurer notre âme cinéphile. Pourquoi faire le choix de ces apartés quand la voix off suffit à leur fonction ? Leur mise en scène ne fait que nous rappeler les apartés de programmes de scripted reality. 

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Cet exercice est également laborieux pour les comédiens qui tentent de conserver une prestance physique mais qui n’ont qu’un fond vert pour les y aider. Vincent Macaigne est le seul à sortir plus ou moins indemne de ces installations car il parvient à maintenir son corps expressif quand les autres se transforment en piquets parlants. N’y voyez pas une critique pour les autres comédiens, ils sont tout à fait crédibles et pertinents dans les scènes « normales », mais la superficialité de ces apartés est une véritable faucheuse pour le jeu. 

Alors que le pitch et le scénario promettaient un film sensible, touchant et drôle, nous récoltons incompréhension, exaspération et déception. Sébastien Betbeder avait tous les éléments pour faire un film efficace et sans prétention mais à vouloir trop en faire il a gâché son propre scénario. 

Ces « erreurs » semblent celles d’un premier film, mais 2 automnes 3 hivers est le second long métrage de Sébastien Betbeder après Les Nuits avec Théodore sorti l’année dernière. 

Marianne Knecht

Sorti en salles le 25 décembre 2013

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Publié dans À L'AFFICHE, Décembre 2013, FILMS SORTIS EN 2013

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