Fruitvale Station, de Ryan Coogler

Note : 3,5/5

Le 1er janvier 2009 à San Francisco, un jeune père de 22 ans, Oscar Grant, a été tué par un agent de police. Fruitvale Station raconte son histoire. 

ARP Sélection, le distributeur, a bien choisi la date de sortie du film en France afin qu’elle fasse écho à l’anniversaire du tragique incident. 

ARP Selection

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Pour son premier film, Ryan Coogler choisit d’annoncer directement la couleur et son sujet. Tout d’abord il nomme son film « Fruitvale Station » comme la station de métro où s’est déroulée l’intervention policière. Bien que ce dramatique incident soit inconnu du public européen, il a provoqué de nombreuses émeutes en Californie et le nom de la station lui est désormais associé. 

Si toutefois le titre ne suffisait pas à expliciter le sujet, le réalisateur débute son film par une vidéo d’archive de l’événement, filmée par un des nombreux témoins. Cette ouverture est très bénéfique au film : la pixellisation, les contrastes trop marqués et le manque de stabilité de l’image nous empêchent de distinguer nettement l’action. Pour un spectateur qui ne connaît pas l’histoire, c’est une attache extrêmement forte : nous ne connaissons pas le contexte (seuls la date, le lieu et l’heure nous sont communiqués), nous ne sommes pas certains de ce que nous voyons et entendons (est-ce bien un coup de feu à la fin ?), mais surtout nous ne connaissons pas le résultat. 

Cette vidéo est d’autant plus intéressante placée ainsi en début de film qu’elle n’agit pas uniquement comme affirmation du fait réel (ce qui aurait été le cas si elle était apparue en fin de métrage). La vidéo est un prologue après lequel le film retrace la journée d’Oscar le 31 décembre 2008. Ainsi, plus la journée progresse, plus on perçoit l’approche du drame. 

Cela n’a rien de pathétique car Ryan Coogler ne porte pas un regard de pitié sur son personnage. Il  suit simplement le déroulement de sa journée remplie de bonnes résolutions et tournée vers l’avenir. Cette structure nous permet également d’oublier le caractère réel du récit. On s’attache à Oscar comme à un bon personnage de fiction, et au moment où son destin chavire entre la vie et la mort, nous persistons à croire qu’il va s’en tirer. 

Le récit et la mise en scène ne se dirigent pas du tout vers le film  »tire-larme » durant la journée du 31. Nous ne sommes pas amenés à penser : « c’est la dernière fois qu’il voit sa fille », « c’est la dernière fois qu’il embrasse sa mère »… Comme Oscar, nous sommes tournés vers l’avenir : « comment va-t-il faire sans boulot pour résister au deal ? »… La vidéo d’archive plane sur le récit comme un mauvais pressentiment. 

ARP Selection

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Si le film est crédible, c’est en grande partie grâce à ces comédiens. Michael B. Jordan (que vous avez pu découvrir dans la saison 1 de l’excellente série The Wire dans le rôle de Wallace) interprète Oscar avec beaucoup de tendresse et de fraîcheur. On adhère totalement à son personnage qui tente sincèrement de faire de son mieux entre le boulot, sa fille, sa copine, sa famille, son casier judiciaire… (à seulement 22 ans !). Pour lui donner la réplique, Octavia Spencer (dernièrement dans The Snowpiercer de Bong Joon-Ho) joue sa mère auprès de qui Oscar se rachète en permanence et qui portera l’horrible sentiment de culpabilité pour avoir demandé à son fils de préférer le métro à la voiture. 

Alors que la majeure partie du film se consacre au déroulement « normal » de la journée d’Oscar, la fin du film est emprunt de sentiments violents pour dénoncer le racisme des policiers et leur acharnement sur Oscar et ses compagnons en dépit des nombreuses manifestations des témoins. L’annonce de la mort d’Oscar et de la faible condamnation de son assassin laissent en bouche le goût amer de l’injustice. Si le film est applaudi aux festivals, c’est à la fois pour la finesse de sa création et pour le combat dont il s’est fait le porte-parole. 

Fruitvale Station a été récompensé du Grand Prix du Jury au Sundance Festival, du Prix du Public et du Prix de la révélation Cartier au festival du film américain de Deauville, et du Prix du regard vers l’avenir de la sélection Un Certain Regard du festival de Cannes. 

Marianne Knecht

Sorti en salles le 1er janvier 2014. 

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Publié dans À L'AFFICHE, Janvier 2014

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