Henri, de Yolande Moreau

Note : 3/5

La vie est simple et prospère pour Henri Salvator. Les journées filent tranquillement au restaurant « La Cantina » ; il cuisine et sa femme Rita s’occupe du service. Cette petite histoire pourrait encore durer très longtemps, sauf qu’un incident se produit et bouscule cette vie tranquillement réglée. Henri est désormais veuf. À peine a-t-il le temps de pleurer sa femme qu’il doit déjà penser à la suite. Que va-t-il faire ? Que devient le restaurant ? Poussé par sa fille, Henri embauche une handicapée mentale, un papillon blanc, pour l’aider au service.

Une nouvelle routine s’installe alors pour Henri, accompagné de Rosette et de l’amitié de ses fidèles habitués Bibi et René. Il faudra un autre incident de la vie (bien moins grave que le premier) pour que Henri prenne réellement conscience de l’autre solitaire qui partage désormais sa vie, Rosette, et décide de vivre à nouveau pour lui-même.

 

Bien que le personnage de Henri soit le rôle principal et qu’il donne son nom au film, nous sommes en droit de nous demander si le sujet principal du film n’est pas davantage le handicap. En effet, le personnage de Rosette et la présence du centre pour handicapés mentaux dans le village sont rapidement intégrés au récit. Nombreuses sont les scènes dédiées au quotidien des malades : leur vie en communauté dans le centre, leurs activités, le spectacle annuel… Elles nous permettent d’avoir une vue globale de l’environnement de vie de Rosette et de mieux comprendre ainsi ses aspirations personnelles. La question de sa vie et de ses rêves est égale en termes de récit à la question de la vie de Henri après le décès de Rita. Dans les deux cas, les sujets principaux sont la solitude et la nostalgie.

Le Pacte

Le Pacte

Au début de son veuvage, Henri voulait simplement et raisonnablement retrouver sa vie avant le drame. Mais au fil de sa relation avec Rita, celle-ci avait pris de plus en plus de place dans la gestion du restaurant et de leur quotidien et il y a bien longtemps que Henri était le patron sur le papier uniquement. Reprendre sa vie en main ne serait pas une mince affaire. Après sa femme au caractère marqué, Henri avait désormais à faire à leur fille qui le poussait à reprendre rapidement le travail sans se questionner sur la direction qu’il souhaitait maintenant donner à sa vie. C’est donc naturellement que l’arrivée de Rosette, douce, hésitante et en retrait perturbe les habitudes de Henri envers la gente féminine.

De son côté, Rosette voyait dans son travail auprès de Henri la lueur d’une vie ordinaire (telle qu’il l’avait vécu avec Rita). Elle qui rêvait du grand amour fréquentait désormais un homme valide, ce qui lui procurait un grand sentiment de fierté face aux autres habitants du centre. Alors, le jour où Henri lui offre une robe de Rita, Rosette voit son rêve devenir réalité ; elle prend la place de sa femme.

L’incident provoqué par ce malentendu met cependant fin à leur collaboration. Contre toute attente, une fois la colère de Henri passée, celui-ci prend conscience de l’importance que le papillon blanc a gagné dans sa vie. Henri ne supporte pas d’être à nouveau privé d’une présence féminine et découvre son incapacité à continuer ainsi sa vie. Loin de « La Cantina » et des rumeurs du village, il peut enfin mettre à plat ses possibilités d’avenir, inspiré par sa récente relation avec Rosette.

Le Pacte

Le Pacte

Ainsi les deux protagonistes trouvent ensemble la satisfaction et le repos qu’exigeait leur vie. Deux personnages tendres et timides à l’image de la mise en scène de Yolande Moreau pour sa première réalisation solo. Elle confère à cette histoire sans prétention la douceur des moments simples et des bonheurs gratuits à travers un duo de personnages qui ne sont faciles qu’en surface. Si nous nous tenons rigoureusement à la mise en scène et à l’enchaînement des séquences, nous pouvons voir en ce film une banale tranche de vie, mais son intérêt provient des non-dits, des insinuations qu’on découvre après coup ou lors d’une seconde projection. Ces personnages n’étant ni bavards ni extravertis, il revient au spectateur critique de tenter une lecture plus approfondie en s’aventurant dans les interlignes du récit et des dialogues. Sous cette apparente banalité, nous trouvons un scénario aux personnages nourris de franchise et de sentiments profonds. Un film tout en retenu, fidèle au comportement de ses personnages et à l’interprétation de ses comédiens.

 

Marianne Knecht

Film en salles depuis le 4 décembre

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Publié dans À L'AFFICHE, Décembre 2013

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