« Les Chaussons rouges », de Michael Powell et Emeric Pressburger (1948)

Bien que Michael Powell et Emeric Pressburger soient principalement connus pour le film Le Narcisse Noir, Les Chaussons Rouges est une véritable bible pour le cinéphile avisé. 

Achevé en 1948, le film produit par la société britannique Les Archers n’avait pourtant pas été diffusé car jugé trop mauvais par le producteur J. Arthur Rank. Le succès est donc venu des Etats-Unis, de New York plus précisément, où le film a acquis son statut de géant.

Devenu une référence avérée pour des cinéastes tels que Martin Scorsese, Steven Spielberg, Francis Ford Coppola ou Brian De Palma, Les Chaussons Rouges a fait vibrer plus d’une génération au rythme de l’opéra d’Offenbach. 

L'affiche française à la sortie du film (1949). Carlotta Films & Allerton Films

L’affiche française à la sortie du film (1949).
Carlotta Films & Allerton Films

Le récit s’attache à la jeune danseuse Victoria Page qui rejoint la troupe prestigieuse de Boris Lermontov pour la représentation du ballet Les Chaussons Rouges, inspiré d’Andersen. Elle y tombe amoureuse du jeune compositeur Julian Craster, mais l’énergie qu’exige la pratique de sa passion, la danse, l’obligera à choisir entre le ballet et l’amour. Un dilemme passionné et torturé, jusqu’à la tragédie. 

 

Soutenu par The Hollywood Foreign Press Association, The Film Foundation et The Louis B. Mayer Production, Martin Scorsese (certainement le plus grand des cinéphiles !) et Thelma Schoonmaker Powell (l’épouse de Michael Powell et la monteuse de Scorsese) prennent l’initiative d’offrir une nouvelle jeunesse à l’oeuvre et lancent sa restauration. 

Le film en Technicolor vieux de soixante ans offre alors une projection très endommagée qui dénature l’impression du film sur ses spectateurs. En effet, la pellicule a subi la dégradation de moisissures, de rayures et de détériorations chimiques des couleurs. En plus de ce vieillissement valable pour toute copie ancienne, la technologie du Technicolor apporte un autre problème. En Technicolor, l’image filmée est enregistrée simultanément sur trois pellicules vierges distinctes : une rouge, une verte et une bleue. Chacune de ces pellicules enregistre les contrastes de l’image comme un noir et blanc, mais, en les superposant à la projection, l’image apparaît en couleur. 

Boris Lermontov et Julian Craster face à face. Image après et avant restauration. Carlotta Films & Allerton Films

Boris Lermontov et Julian Craster face à face. Image après et avant restauration.
Carlotta Films & Allerton Films

 

Il se trouve que, dans le cas des Chaussons Rouges, les pellicules en vieillissant ont rétréci (très faiblement) et leur superposition en projection ne produit plus une image nette. 

Pour la restauration de l’oeuvre, chaque pellicule a dû être traitée séparément, ce qui représente donc une surcharge importante de travail par rapport à un film dont l’image complète est enregistrée sur une seule pellicule. Les pellicules ont été scannées en 4K pour obtenir une copie numérique de l’image (en rouge, vert et bleu). 

Les épreuves sur le flou, les moisissures, etc. ont donc été réalisées directement par ordinateur. 

Le travail complet de restauration du film a été achevé en 2009 et la nouvelle copie a depuis beaucoup voyagé aux côtés de ses bienfaiteurs. Cette nouvelle version est parfaitement fidèle à celle éditée en 1948 ; ses similitudes vont jusqu’à l’effet qu’elle produit sur les nouveaux spectateurs. Lors de la présentation de cette copie restaurée au Festival de Cannes (en 2009), Martin Scorsese était très ému de pouvoir présenter ce film aux nouvelles générations de cinéphiles et cinéastes. Cette restauration (comme toutes) est à la fois un hommage au talent des réalisateurs et le partage de l’oeuvre avec un public plus large. 

Ce film, qui n’était alors plus visible en raison de la rareté de ses copies et de leur mauvaise qualité, est désormais accessible à tous. 

C’est un cas parmi tant d’autres de sauvetages d’oeuvres cinématographiques exceptionnelles, pour faire perdurer la connaissance et la passion du cinéma. En prenant l’initiative de cette restauration, Martin Scorsese rejoue le geste de Lioubov tendant aux spectateurs les chaussons rouges de la passion à la fin du film : il nous invite à libérer les artistes en puissance que nous sommes et à nous surpasser pour ce septième art fantastique. 

Marianne Knecht

Crédit Photos : Carlotta Films & Allerton Films

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