White House Down / No Pain No Gain

Qui l’eût cru ? Roland Emmerich et Michael Bay auront finalement réussi à faire un bon film, au même moment. Analyse d’un renouvellement cynique du blockbuster hollywoodien.

C’est la crise existentielle que subit le secteur depuis plusieurs années qui est à l’origine de ces ovnis cinématographiques. Ces derniers décident d’envoyer paître la tyrannie du dollar qui avait consacré rois leurs auteurs. D’un côté, le tâcheron Emmerich à qui l’on doit GodzillaLe jour d’après et des films si peu inspirés que leurs titres se déclinent en chiffres (10 000 ou2012, même combat). De l’autre côté, le tâcheron Bay, à qui l’on doit la trilogie lucrativeTransformers et le film d’anticipation cérébral mais décérébré The Island.

Le parcours simultané de ces réalisateurs de la même génération et de la même école est fascinant lorsqu’on regarde leurs derniers-nés. Commençons par White House Down, huis-clos se réclamant de la génération McTiernan et plus précisément de la franchise Die Hard (le surhomme ordinaire arrivé là un peu par hasard, et donc au mauvais moment au mauvais endroit). Channing Tatum est enfermé dans la Maison Blanche avec un groupe de visiteurs, sa fille et le président Jamie Foxx bien évidemment. Dès les premières minutes, l’hésitation nous gagne. Dans quoi avons-nous vraiment mis les pieds ? Alors que les couloirs de la demeure présidentielle sont bondés de fonctionnaires en costard-cravate, un petit rouquin en sweat-capuche aux allures d’héroïnomane pousse un chariot de supérette, le regard vraiment pas net, sans éveiller un seul soupçon. Peut-être a-t-il l’élégance d’être blanc sans barbe, mais tout de même ! On commence sérieusement à se poser des questions lorsque le président fait un discours télévisé de cinq bonnes minutes sur les conseils que sa défunte grand-mère lui donnait lorsqu’il était plus jeune. Après un quart d’heure, on comprend que le petit Roland Emmerich joue au plus malin et on se surprend à adorer ça, parce qu’il joue clairement à celui qui pissera le plus loin avec nous. Constamment dans la surenchère du ridicule et de l’absurde (en pleine attaque terroriste, Jamie Foxx prend le temps de faire du placement de produit pour ses Nike avant de repartir de plus belle), Emmerich nous propose une alternative subversive et fait le choix du second degré dans le même royaume qu’il a alimenté pendant quinze ans.

Et c’est exactement ce second degré assumé que revendique haut et fort Michael Bay avec No Pain No Gain. L’histoire vraie d’une bande de « bodébildés » qui cherchent l’accomplissement de leur rêve américain dans le compte en banque d’un avocat qu’ils kidnappent pour le faire chanter. Là encore, l’étonnement gagne tout au long du film à la vue de ces trois bouffons convaincus par leur propre philosophie de vie (les valeurs des gagnants c’est l’argent, les muscles, l’argent et les muscles aussi) et incapables d’accomplir ce qu’ils se croient plus que capables de faire. La surenchère est bien présente ici aussi, si bien qu’on est obligé de rappeler, en plein milieu des événements, qu’il s’agit toujours d’une histoire vraie, au cas où l’on croirait encore que la bêtise humaine est une option. Mark Whalberg et ses comparses s’y mettent tout de même à une demi-douzaine de reprises pour tuer leur otage, sans y arriver au bout du compte.

Que veulent nous dire Bay et Emmerich à travers les déboires grotesques de leurs héros américains ? Peut-être qu’il est aujourd’hui possible, dans l’industrie hollywoodienne, d’avoir un autre avis sur sa patrie et son métier. Que l’ère du premier degré a trop duré et qu’il faut regarder la désillusion en face, qu’au bout du compte le personnage de blockbuster est un homme qui en a marre de prendre tout au sérieux, que ça lui ferait du bien d’user d’auto-dérision par moment ? Ces deux films sont en tout cas un virage (petit ou grand, l’avenir nous le dira) à Hollywood, puisqu’ils sont réalisés par deux figures emblématiques du genre. Deux figures qui sont arrivées à leurs limites et qui, comme dans un dernier souffle, préfèrent saboter l’édifice qu’elles ont construit pour en montrer toute la vacuité. White House Down et No Pain No Gain ne sont donc pas des films sans prétention mais plutôt d’une grande humilité.

Larry Gopnik

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Publié dans À L'AFFICHE, Septembre 2013

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