La Bataille de Solférino, de Justine Triet

Note : 5/5

      Aujourd’hui, une jeune génération de réalisateurs fait les beaux jours du cinéma français. Chacun de ces cinéastes talentueux questionne à sa manière la façon de faire du cinéma. Aucun ne se ressemble et tous essayent d’apporter leur patte et leur originalité :

–       La douceur mélancolique et touchante de Guillaume Brac dans Un Monde sans Femmes.

–       L’absurdité d’un comique loufoque, déjanté et rafraichissant dans La Fille du 14 Juillet d’Antonin Peretjatko.

–       La détonation et la force du coup de poing de La Bataille de Solferino.

       La Bataille… est la dernière œuvre en date de cette jeune génération.

      Le récit se situe le 6 mai 2012. La France s’apprête à avoir un nouveau président de la république et au milieu de la cohue ambiante, un père (Vincent Macaigne) essaye de voir ses enfants. La mère (Laetitita Dosch) doit couvrir le deuxième tour des élections, rue de Solférino, pour une chaîne d’information française. Elle refuse que le père voit leurs deux filles et ordonne au baby-sitter de les ramener dans la foule qui s’amasse, nombreuse devant le siège du parti socialiste. La tension est à son comble alors que la France, à l’image du couple, est coupée en deux.

      En une journée, Justine Triet développe son récit au travers d’une mise en scène nerveuse et bouillonnante. Sans jamais tomber dans l’excès, elle réussit intelligemment à toujours flirter avec. Car, en étant toujours borderline, la réalisatrice réussit un numéro de funambule impressionnant dans lequel les émotions de chaque personnage sont pleinement perceptibles, entièrement vécues par le spectateur. De la tension de Laetitia à l’angoisse palpable de Vincent face à la présence de ses deux fillettes dans la foule de Solférino, de la violence anxiogène au soulagement des moments de pause qui surviennent dans l’ébullition permanente qui règne entre les deux personnages, le spectateur vit et ressent le film.

      L’expérience cinématographique est harassante, mais elle a la force et l’empathie des grands films. En ne tombant jamais dans l’excès, mais aussi en distillant des notes d’humour avec parcimonie et calcul, Justine Triet respecte le dispositif qu’elle met en place (la tension équilibrée par des moments de creux) tout en s’en démarquant en nous proposant de belles scènes de cinéma. Ces scènes ce sont celles dans lesquelles elle laisse aux acteurs la liberté de s’exprimer en se démarquant du dispositif dans lequel elle les plonge. Vincent Macaigne est génial dans son immaturité, dans sa boufonnerie, mais aussi dans sa capacité à exprimer l’amour sincère et profond que son personnage ressent pour ses filles. En face, Laetitia Dosch dévoile parfaitement la sensibilité à fleur de peau, le stress constant et l’irrationalité de l’instinct maternel de son personnage.

© Droits réservés

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      L’instantanéité des séquences de la rue de Solférino, leur aspect documentaire (les acteurs évoluent vraiment le 6 mai 2012 au milieu de la foule) tend à effacer la frontière entre cinéma documentaire (d’où vient d’ailleurs la réalisatrice) et cinéma de fiction. Ce choix atypique qui s’affirme jusque dans le nom des personnages, le même que celui des acteurs qui les incarnent, interroge. Pourquoi insuffler cette dimension documentaire à son film ? Pourquoi placer le cadre du récit lors du second tour des élections présidentielles ?

      La question est d’autant plus importante que Justine Triet y répond avec finesse, sans jamais être explicite. Cette confrontation d’une réalité commune à tous avec une fiction commune aux deux personnages permet de mettre en avant l’idée d’une problématique sociale réelle contemporaine, celle du divorce, de la garde des enfants et de la famille recomposée. Sans jamais tomber dans le message social, la réalisatrice met surtout en place deux entités coupées en deux : la France macrocosme du couple, et le couple microcosme de la France. Les deux s’interpénètrent, se mêlent, et Triet réussit le coup de maître de les rendre indissociables l’un de l’autre, puis de les séparer en apportant à chacun d’entre eux une réponse particulière. La France trouve la solution dans la démocratie qui tranche sèchement pour l’un des deux partis. Le couple ne trouve pas de solution mais réussit à retrouver un semblant de dialogue grâce à la médiation démocratique de l’avocat de Vincent. La rencontre se déroule d’abord dans une violence quasi extrême jusqu’à se calmer brutalement avec la plus belle scène du film. Une fillette se réveille et pleure, Vincent va la bercer dans le calme le plus complet. Le soulagement de voir se terminer la dispute, mais aussi la sensation de ressentir profondément l’amour d’un père pour ses filles dans cette scène, sont tels que c’est notre sensibilité de spectateur qui est alors à fleur de peau.

      Certains disent qu’un bon film est souvent un film dans lequel forme et fond sont en parfaite harmonie : l’accord parfait qui empêche d’imaginer le récit réalisé d’une autre manière, tant la réalisation qui nous est présentée est cohérente avec son sujet.

      La Bataille de Solferino fait partie de ces films, et c’est certainement ce qui en fait l’un des meilleurs films français de cette année. Le trio de la réalisatrice et ses deux comédiens principaux est bluffant et chacun, à sa manière, est une belle promesse d’avenir pour le cinéma français.

 Simon Bracquemart

En salles depuis le 18 septembre

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Publié dans À L'AFFICHE, Septembre 2013
One comment on “La Bataille de Solférino, de Justine Triet
  1. sara dit :

    VINCENT MACAIGNE acteur , metteur en scène , auteur, réalisateur français , il est artiste complet , il est très précieux pour la france .
    Bravo les artistes français et vive le cinéma français .

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