Jean Cocteau et le cinématographe

Copyright photo © Festival de Cannes 2013

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Le hasard voulut que Cocteau décède le même jour qu’Édith Piaf. La mort de la chanteuse populaire éclipsa alors celle du poète cinéaste. À l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Jean Cocteau, les événements commémoratifs se multiplient : publications, expositions, restaurations et reprises font heureusement honneur au poète cinéaste. D’autres programmations me laissent pour le moment assez perplexe : un remake de La Belle et la Bête, avec Léa Seydoux et Vincent Cassel, réalisé par Christophe Gans (auteur de Silent Hill et du Pacte des Loups) et l’adaptation, par Arielle Dombasle, d’Opium, transformé pour l’occasion en comédie musicale…

La Cinémathèque française, dont Cocteau fut l’un des grands soutiens, lui consacre une petite exposition dans la Galerie des Donateurs. Très justement intitulée « Jean Cocteau et le cinématographe », l’exposition ne s’arrête pas au Cocteau cinéaste : elle souligne la diversité de son engagement vis-à-vis du septième art. Réalisateur, bien sûr, de La Belle et la Bête, des Parents terribles ou encore du Testament d’Orphée, Cocteau est également l’auteur de nombreux scenarii (L’éternel Retour de Jean Delannoy, Les Dames du bois de Boulogne de Robert Bresson). Son implication ne se limite pas non plus à la création, puisqu’il fut un soutien de poids pour les jeunes générations. Beaucoup de cinéastes s’y réfèrent ou ont même adapté ses écrits : Jacques Demy, Jean-Pierre Melville, plus récemment Pedro Almodóvar. Cocteau s’est également fait le défenseur permanent du cinéma d’auteur : président du Festival du film maudit en 1949, il présida également le jury du Festival de Cannes avant d’en devenir le président d’honneur.

L’exposition réussit le pari de dévoiler toutes ces facettes dans un espace extrêmement restreint : installés dans une seule salle très bien agencée grâce à de petites cloisons, les éléments d’exposition retracent l’histoire des rapports entre Cocteau et ce qu’on appelait encore, de façon bressonnienne, le « cinématographe ». L’exposition s’ouvre sur La Belle et la Bête, dont on revoit avec plaisir quelques passages – et même un extrait coupé. Les vitrines rappellent que, malgré le succès commercial du film, sa réalisation fut douloureuse pour Cocteau qui y consacra son Journal d’un film. Les archives fourmillent de détails amusants, comme cette photo de Jean Marais, dont le maquillage nécessitait trois heures de préparation ! Une grande vitrine expose divers costumes, les affiches d’époque animent les murs, accompagnées d’extraits et de panneaux informatifs. Un écran égrène les « monstres sacrés » et les « films préférés » du poète qui avait décidément bon goût !

Les éléments d’archives qui composent l’exposition ainsi que sa construction chrono-thématique en font une exposition très informative. On est loin d’une exposition aux ambitions analytiques, mais étant données les contraintes du lieu, on est ravi par cette proposition qui remplit pleinement son office pédagogique.

On est même ému de revoir, à la toute fin du parcours, cet extrait du Testament d’Orphée, ultime film de Cocteau qui croise ici son double « qui le hait ». Poète, cinéaste, Jean Cocteau fut peut-être d’abord un passeur : entre poésie et cinéma bien sûr (il parlait d’ailleurs de « poésie de cinéma »), mais peut-être surtout entre passé et présent du « cinématographe », ouvrant ainsi la voie aux jeunes générations, à commencer par la Nouvelle Vague qui lui doit beaucoup.

L’exposition s’achève logiquement sur cette belle citation du poète : « Je voudrais que Le Testament d’Orphée ne soit pas du tout considéré comme un exemple, mais comme un legs aux jeunesses successives qui m’ont toujours soutenu. Le mot « Testament », c’est cela ». La Cinémathèque rend un hommage bienvenu à cet homme qui a laissé de si beaux « Testaments » à la jeunesse cinéphile.

 Alice Letoulat

La Cinémathèque française – musée du cinéma

51 rue de Bercy

75012 Paris

Exposition à partir du 2 octobre

Rétrospective du 2 octobre au 22 novembre

Commissaires de l’exposition : Florence Tissot et Joël Daire

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Publié dans ÉVÉNEMENTS, Expositions et rétrospectives

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